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22.01.2008

VillaBar ou comment trouver la voie

Avant-hier eut lieu la Banquet annuel des fantômes, au bar du Piston Pélican, à quelques dizaines de mètres du métro Alexandre Dumas à Paris.

Plus d’une centaine de personnes sont venues, un temps ou longtemps, déguisés ou comme à l’accoutumée, pour créer avec nous ce banquet.

(Car chaque troisième dimanche du mois, tu es invité(e) à venir créer avec VillaBar un romanphoto. Il te suffit d’entrer dans le bar et ça y est, tu participes. Des photographes volent ton visage, on t’installe, on te fait poser ou alors on te prend sans que tu t’en rendes compte, alors que tu bois ta bière sur le zinc.

Les photographes qui sont là nous donnent ensuite leurs photos et un auteur écrit un texte. Il en découle un romanphoto. Par ailleurs ou parallèlement, les photos sont utilisées pour alimenter le blog des personnages de VillaBar.

Ainsi donc, si tu entres dans ce bar au bon moment du mois, tu risques d’être transformé en personnage virtuel insaisissable).

Avant-hier donc, c’était la quatrième édition de VillaBar.

Des questions surgissent.

D’abord, sur la façon de créer les romanphotos. Nous avons affaire à deux types d’auteurs.

Les scénaristes, grands chevaliers de la narratologie, commencent par baliser l’histoire. Mathieu Granier et Iris Ducorps, qui savaient qu’ils seraient tributaires des photos prises le soir même, avaient quand même prévu un scénario qu’ils pourraient modifier à leur guise. Cette technique de la pré-histoire a un avantage : elle nous aide à animer la soirée.

Les poètes, frères des sourds et des autistes, préfèrent inventer à partir des images. Je serais plus de cette sorte : laisser les clients du bar et les photographes inventer leur monde au fil des événements « naturels » de la soirée et ensuite, rêver sur la photos pour entendre enfin une mélodie et l’écrire…

Les deux prochains auteurs, Antonio Zamora et Esther Mar, ne sont pas scénaristes. Ils ne donneront pas d’indications à l’équipe villabarienne. Nous, avec les clients du bar, nous inventeront une belle atmosphère et eux, ils s’inspireront des photos pour écrire, sans souci de grammaire scénaristique. Ils n’essaieront pas forcément de reprendre les personnages présents dans les VillaBar passés et pourront inventer.

Bien sûr, autour de VillaBar, les remarques, critiques, réflexions, idées, fusent. Mais quand on a une organisation comme VillaBar, c’est difficile de naviguer entre toutes ces possibilités.

Elise Revon-Rivière voudrait que tout soit libre quitte à ce que ce soit déstructuré. Or, je pense que nous avons besoin d’un fil qui nous aide à porter VillaBar jusqu’au bout. Mais elle a quand même raison. Ce fil, certes, ne doit pas être une chaîne.

AC Legendre pense que le surdéveloppement, sur le blog, des personnages de VillaBar, enlève de la liberté aux auteurs des futurs romanphotos. Si elle suit exactement la série VillaBar, certes. Mais les auteurs sont libres de tout inventer. On peut exploser les barrières de la série sans briser la cohérence. Ne serait-ce qu’en se concentrant sur de nouveaux personnages, jamais mentionnés encore. Ou en écrivant un soliloque intérieur d’un personnage qui imagine quelque chose ou raconte une expérience…

Certains voudraient au contraire beaucoup plus de structure, de cohérence, d’organisation. Mais le jeu de VillaBar n’est-il pas d’inventer à chaque fois ? La différence entre nous et une série télévisée par exemple, c’est que les formats, les modes narratologiques et les thèmes sont entièrement libres et que chacun y participe. Si un inconnu entre à la fin de la soirée dans le bar et qu’il amène une lueur spéciale qu’un photographe aggripe, la série VillaBar peut en être bouleversée pour toujours. Même si le gars entrait pour la première fois au Piston Pélican et qu’il voulait juste boire un coup pour se donner du courage et finir de noyer son RMI.

Nous avons une petite équipe fidèle d’acteurs qui se constitue. C’est une grande joie de savoir qu’ils seront toujours là pour donner le ton, mettre l’ambiance, pallier au manque de clients un soir ou se fondre parmi eux un autre soir. Il faut que tout reste fluide et libre. Qu’il y ait toujours de la place pour accueillir l’imprévu, l’étincelle qui a lieu alors qu’on ne l’attendait pas.

Que chacun soit libre. Libre d’écrire des textes loufoques, libre de se transformer en personnage nouveau, libre de m’envoyer un texte villabarien pour le blog des personnages de VillaBar. C'est ça : c'est de l'art de bar libre et gratuit. La paralittérature, c'est tout ce qui n'est pas littéradure.

Ainsi soit VillaBar…

Commentaires

Retour à l'aveugle, celui de Buenos-Aires et au jardin des sentiers qui bifurquent. S'il y a une trame il faut faire confiance aux personnages pour en bifurquer, (c'est peut-être même leur rôle), s'inventer un passé capable de surgir avec éclat, effarement, les personnages peuvent paniquer l'histoire comme la précipiter dans un creuset encore inimaginé. Pauvres scénaristes ! En incarnant le récit les personnages portent l'histoire, et la beauté de Lilas Snuk emporte le récit ailleurs, l'ouvrant à une dérive qui peut tenir alors du prodige. Quant aux poètes, frères des sourds et des autistes, ils sont bricoleurs d'images, trafiquants en visions. Les poster face aux images au moment où elles naissent ? Il est possible que quelques uns en tombent dans une démence très fructueuse. Oui. "Le jeu est d'inventer à chaque fois", si possible en approchant de la sidération.

Ecrit par : Tieri | 25.01.2008

Merci Tieri. OK, on va laisser tomber les rails et les balises pour inventer et toucher la sidération.

Ecrit par : Atlantica | 26.01.2008

D'ailleurs je compte bien venir à la prochaine tentative, parce que les contes pour enfants oui ça m'attire encore plus.

Ecrit par : Tieri | 26.01.2008

Oui, Tieri, viens à la prochaine !
Et en mars, Marcella sera parmi les photographes... Merci pour cette rencontre.
Atlantica

Ecrit par : Atlantica | 06.02.2008

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