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30.01.2008

Olonne

Sonate au clair de lune trébuche un peu sur le piano d’en haut tandis que les Sables par la fenêtre s’enlisent dans la brume. Ville du bord de mer, ville d’histoire et d’avenir aussi sans doute, on dirait de temps en temps que tu parles et que tu dis des mots qui chantent dans nos mémoires à venir.

On voudrait ainsi réinventer la langue, pourquelle soit plulibre. Pourquelle révèle les sens et révolte les cœurs enfumés. Avant qu’un monde ne s’étouffe complètement en toi, vibre un peu, Langue, et tu reprendras vie.

Sonate au clair de lune s’achève sur le piano d’au-dessus tandis que sur les Sables de l’autre côté des volets claque la pluie. Ville ouverte sur l’Atlantique, cœur fermé sur une enfance naufragée, on dirait de temps en temps que vous vous épousez et que vous enlacez des notes qui dansent sur nos rêves du passé.

29.01.2008

Première lecture publique d'AlmaSoror

La première lecture conviviale du journal d’AlmaSoror eut lieu dimanche 27 janvier 2008. Comme c’est Elise Revon-Rivière qui l’organisait, elle ne s’est naturellement pas déroulée comme nous en avions parlé. Place fut faite à l’inventivité, àl’inspiration du moment. Nous lûmes, non pas l’AlmaSoror janviéral tout frais, mais le post de ce blog intitulé l’amitié (Magali Vermeil en fit une lecture qui rendit le texte mieux qu’il n’est) ainsi que deux des trois lettres d’amour politiques publiées l’année dernière.
Nous lûmes un texte écrit par Mathieu Granier pour le mariage de son ami L., qui avait eu la veille à Saint-Denis.
Nous parlâmes (fr)anglais en l’honneur de Stacey, américaine en passe de francophilisation.

Lire ensemble, lire à voix haute. Ecouter un texte. Le commenter ensemble. Ce sont des activités qu’il est bon de raviver quand la consommation envahit nos modes d’être. La littérature en est comme ravivée !

Pour participer à ces lectures, qui ont lieu dans les jours qui suivent la sortie d’AlmaSoror, il faut écrire au journal (avec l’objet « lecture publique » si possible).

24.01.2008

L’amitié

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Elise Revon-Rivière et Hélène Harder devant le Piston Pélican
phot Isabelle Ferrier

Pourquoi l’amitié est toujours reléguée derrière l’amour ?

Quelqu’un qui se met en couple, dans notre société, a tendance à faire imperceptiblement (ou parfois très perceptiblement) passer le partenaire de couple avant les autres personnes qui l’accompagnent. Cette hiérarchie des relations, mise en avant par le modèle social qui émerge du fouillis des médias, de la culture populaire, des publicités, ne me parait pas justifiée.
Le sentiment d’évidence encore une fois n’est souvent que le résultat d’une campagne idéologique.

En quoi une relation amoureuse impliquerait l’union quasipermanente, économique, sociale, amicale, des deux amants ?
En quoi fonder une famille ensemble impliquerait la désagrégation de deux vies personnelles au profit d’une fusion qui ne laisse pas la place aux projets personnels, aux grandes amitiés individuelles ?

Cette primauté du couple, qui n’a rien à voir avec la vie amoureuse, est une norme sociale étouffante qu’on met en avant. Elle n'a rien à voir avec la liberté ou l’amour. Et ne pas être en couple, au regard de beaucoup, est un manque à combler, la marque d’un échec. A l’instar de la publicité, l’opinion courante créée une pression en associant le couple avec la liberté et l’amour, l’individu célibataire avec la solitude et la frustration. Lorsqu’une personne est seule, il semble que tout l’entourage s’accorde à penser que c’est parce qu’elle n’a pas trouvé quelqu’un. Pourquoi un tel idéal de couple ?

Le couple économique et amoureux (un foyer, un lit double), censé mélanger, comme mon amie Mathilde Felix-Paganon me l’exprimait un jour, le sel de l’amour fou hollywoodien et le beurre de la PME fleurissante, trouve à mon avis sa source dans l’accomplissement du capitalisme.

Virginia Woolf décrit bien dans Orlando cette petite-bourgeoïsation de la société européenne, qui apparaît au XIXème siècle, avec le tourisme, les classes moyennes, la société industrielle et qui regroupe les gens par deux. Un foyer, deux adultes qui partagent le lit.
Ce n’est plus vraiment une alliance économique, car le rêve de l’amour fou est là. Ce n’est pas non plus une histoire d’amour libre, car des considérations économiques et sociales pèsent largement.
C’est donc une norme morale et sociale économicoaffective. Une norme qui atténue la libération de l’individu en lui accolant un partenaire sous peine de passer pour un échec. Une norme qui atténue la vie collective parce qu’elle relègue les enfants et surtout les vieux sur un plan second (les premiers doivent quitter le nid familial dès que possible pour fonder leur couple si possible, se démerder tous seuls sinon, les seconds ne sont pas invités à vieillir chez leurs enfants mais doivent partir en maison de retraite).


Les publicités des banques, des assurances, des marques mettent en scène des couples amoureux.
Les publicités gays le font aussi. La militance homosexuelle s’attarde beaucoup à mettre en valeur le couple et contribue à imposer cette domination de l’assemblage binaire (économique, affectif, social) des gens.
Il semble que l’imagerie générale s’est mise au pas du ménage type Insee. Et si l’on remet beaucoup en cause l’hétérosexualité du couple, on évoque rarement la possibilité de créer d’autres formes d’alliance, de familles et de modes de vie que celles fondée sur le couple.

Pourtant… Sur les rives de l’amitié il y aurait tant d’aventures à vivre.

L’amitié est plus libre car elle n’est pas prise d’assaut par la publicité. Elle ne figure pas en première place du kit que toute personne ayant réussi socialement doit être en mesure de brandir.

L’amitié est belle aussi parce qu’elle peut s’insérer dans les relations familiales et amoureuses. Il y a de belles amitiés entre mère et fils, entre frère et frère, entre amants.
Un ami, c’est une histoire d’amour et de fraternité
Pourquoi ne pourrait-on pas adopter un enfant avec un ami ?
Se pacser avec un ami pour le faire hériter ?

Je ne vais pas commencer à demander de légiférer l’amitié (prônant, par exemple, l’amicoparentalité, le mariage amical…), parce que justement toute la beauté de l’amitié réside dans le fait que l’administration et les médias de masse ne l’ont pas encore découpée, mesurée, asservie.
Je voulais juste mettre en scène le fait que nous sommes beaucoup moins libres que nous pourrions l’être, quand nous correspondons à l’image du bonheur tel que l’imagerie de la société nous la renvoie. Un bonheur deux par deux, clos. Un bonheur par paire, qui nous cache toutes les magnifiques histoires d’amitié, les partages, les inventions que nous pourrions créer si nous étions libres, des histoires qui mélangeraient nos familles, nos amants, nos amis.

23.01.2008

Où est la folie ?

Où est la folie ? la folie est partie et ne revient jamais, ni avec le whiskey ni avec les poudres.
La folie n’est plus attachée au cœur de l’enfant

Où est la magie ? la magie est partie et ne revient plus, ni avec les femmes ni avec les hommes. La magie n’est plus attachée au cœur de l’enfant.

Où est la tendresse ? la tendresse s’est tarie il y a si longtemps. La tendresse n’est plus attachée au cœur de l’enfant.

Où sont les caresses ? les caresses ont changé quand les mains ont grandi. Les caresses ne font plus fondre autant.

Danser dans le soir jusqu’à la nuit noire, oublier la ville, les vils, conjurer les cauchemars, tourner pour retrouver le cœur, la joie, l’espoir.

Où est la souffrance ? la souffrance s’est maquillée, elle ne crie plus comme avant. La souffrance nue est partie avec le cœur d’enfant.

Rêves morts, vous reviendrez avec Elle.
Quand elle s’approchera grande et longiligne avec sa faux ses rires ses dents
Cruella la mort viendra m’emporter et renaîtront de leurs cendres
les beautés, les misères, les grandeurs et les luxures des temps trépassés.

Liens fous

David Nathanaël Steene m’écrivait hier soir une remarque : les liens auxquels mène ce blog vont vers des sites très différents, à tel point qu’il est difficile de classer mon blog, intellectuellement.
L’idée même de classement m’interpelle. Pourquoi aurions-nous des idées si figées que nous appartiendrions à des typologies reconnaissables ?
Non, pas de classement. Mais si les sites que je propose sont différents, c’est parce que la vie intellectuelle n'est pas comme une lutte clanique, où il faudrait éliminer tous ceux qui ont des idées et engagements différents.
La liberté d’expression et la liberté d’action sont essentielles. De même que la clarté du droit, c'est-à-dire des relations entre les humains qui composent une société. L’arbitraire est mortel, dictatorial.

Certains sites vers lesquels je mets des liens défendent des idées particulières. Je ne les suis pas, mais trouve que leur point de vue vaut le coup d’être entendu.
La liberté de penser doit être aussi ouverte à ceux qui ont des idées différentes. La première condition de cette liberté est de ne pas disqualifier et diffamer tout ce qui se distingue de soi-même. Et fragile est la frontière entre réaction saine et mépris diffamant…

Alors j’ai mis un lien vers des sites libéraux et libertaires. Ils défendent l’abolition des frontières, des papiers, de l’état civil… De belles idées.

J’ai mis un lien vers les pages de Tribunal Animal, les cahiers antispécistes et vers One Voice, sites qui, chacun à leur manière, défendent la belle et triste cause animale. Emile Zola a dit la chose avec clarté : « la cause des animaux passe avant le souci de me ridiculiser ».

J’ai mis un lien vers le catholicisme tridentin, qui subit les assauts de gens qui ne le connaissent strictement pas mais ont appris l’anticléricalisme comme un catéchisme. Ce qui étonne, c’est que des journaux et des gens qui professent les lumières, l’honnêteté intellectuelle et qui fustigent le fanatisme se mettent à délirer dès qu’il s’agit du catholicisme schismatique. Pourquoi ne pas rester le plus objectif possible ? Certes on peut critiquer des mouvements ; mais pourquoi employer des armes qu’on qualifierait soi-même de malhonnêtes si elles étaient utilisées par d’autres ? (Amalgames, diabolisation…)
J’ai mis également un lien vers le forum européen des chrétiens homosexuels (ou homosexuels chrétiens). Le point de vue traditionaliste et le point de vue progressiste se côtoient ainsi sur cette page.

J’ai mis des liens européens, c’est là mon côté centriste qui s’exprime. Libertaire de cœur, je fais confiance au centre de déployer une réelle attention à laisser un équilibre qui préserve de la dictature et des totalitarismes. L’œuvre de Jean Monnet, de paix et de bon sens, ce serait dommage qu’elle tombe à l’eau.

J’ai mis un lien vers l’organisation internationale des intersexués, parce que je trouve que les intersexués sont des êtres bafoués qui, en défendant leur liberté, défendent celle de tous les autres.
J’ai souvent du mal avec la militance transsexuelle, qui me parait encore issue de ces mouvements dont Axel Randers a parlé sur son blog, ou que l’observatoire du communautarisme décrit bien, et qui, à force de slogans, militent pour un kit de droits spécifique à leur communauté et font semblant de croire que tout ce qui n’est pas en accord avec eux est méchant, intolérant, phobique.
Le mouvement des intersexués est à mon avis d’une grande beauté et d’une grande autorité. Universaliste et infiniment libre, le mouvement intersexe me parait l’issue souhaitable à l’engluement sexiste des genres et à l’engluement sectaire des communautarismes, puisqu’il réclame une désadministration du genre (une sorte de dégenre humain)…

Les liens vers mes amis, ou vers l’Observatoire des inégalités n’ont choqué personne, alors n’en parlons point.

Voilà. Tout en subjectivité, ce bouquet de liens – encore peu fleuri - a pour vocation d’ouvrir des portes, pour se souvenir de l’immensité de l’horizon.

22.01.2008

Ever Lost

Je publie désormais des chroniques fictives sur le site Univers de Sara.
Je commente ainsi des films et des livres qui n'ont pas encore été tournés et écrits mais le seront peut-être un jour.
Je reproduis la chronique du film d'Amos Mariecque Ever Lost

Un film d’Amos Mariecque,
Avec William Fontaine
Avec la voix de Vénéxiana Atlantica,
Produit par GUSH Productions, NYC, 2037.

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Ever lost est un film résolument réussi. Mariecque y raconte une histoire universelle. Il y affine sa technique des flash to. Il nous emmène dans un univers qui marquera la civilisation artistique mondiale.
L’histoire ? Au cœur de la ville de New York, dans les années 2000, un militant antispéciste sauve des enfants et des animaux.
Le jour, il travaille dans une pizzeria.
Le soir, il zone en quête d’un sourire féminin.
La nuit, il hante les orphelinats et les zoos, les instituts sociaux et les laboratoires scientifique : il délivre enfants et animaux du joug adulte.

New York : c’est la première fois que le cinéaste filme la Fille des villes. Car si Moscou, si Prague se disputent le titre de Mère des villes, New York est la fille insoumise et rebelle des villes vieilles d’Europe. New York : le vieux New York des années 2000 est ressuscité ici dans les images fabuleuses d’un cinéaste à son apogée. New York : rues longilignes traversées d’humains élancés qui marchent dégingandés tandis que le flot des voitures jaunes file entre les rangées d’immeubles hauts.

Le générique de début défile sur une image noire et bleue : New York la nuit. Le noir de la nuit, le bleu des phrases des voitures. Elles défilent tandis qu’un homme debout, immobile, attend.
Une dédicace apparaît : "à Hélène Lammermoor, pour son hospitalité précieuse, pour quelques moments trop vite partagés".
C’est la première fois qu’une dédicace apparaît au générique d’un film de Mariecque. On sait que la journaliste Hélène Lammermoor et la créatrice de Salons Littéraires Elise Revon-Rivière avaient réalisé un documentaire sur Mariecque alors que celui-ci soignait sa septième dépression nerveuse dans un sanatorium mental de Saint-Jean en Ville. Inachevé, le documentaire n’en avait pas moins été primé au Festival des films ratés de Panamaribo - festival, on le sait, infiniment plus luxueux et laminant que les festivals dits de cinébouffons, où bourgeois en goguette s’amusent à jouer aux artistes (Cannes, Sundance, Deauville, et même Sarajevo).

L’homme que l’on voit attendre est notre héros, l’unique personnage du film. Il s’appelle Andreï Tarkov. Le film n’est pas découpé en trois actes ; il ne comporte pas d’événement déclencheur, ni de climax. Il suit les déambulations antispécistes d’Andreï Tarkov, admirablement campé par un William Fontaine romantique à souhait.

Amos Mariecque reprend ainsi un personnage qu’il avait suivi tout jeune, lorsqu’il écrivait pour la série VillaBar, à Paris. "Quitte à retourner dans ces années 2000 où j’appris à vivre, autant que ce soit accompagné d’un personnage qui m’importait alors". L’acteur a accepté le défi de replonger, lui aussi, dans son rôle de jeunesse.

Au milieu du film, un long silence : Tarkov fume une longue cigarette. Sa fumée bleue monte en volutes. Il ferme les yeux. La lourdeur des souffrances animales et enfantines l’a vidé. Il nous semble qu’il va craquer, se prendre la tête entre les mains, s’effondrer au bord du trottoir. La voix de Vénéxiana récite Charles Baudelaire et une larme coule sur la joue d’Andreï. L’on devine alors que dans les yeux de ses protégés c’est sa propre enfance, sa propre animalité dévastée que cet homme au regard métallique tente de conjurer. Un instant, il flanche. Mais il se reprend. L’homme tiendra jusqu’au bout.

Le reste du film est allumé par la musique de Gontran Gogue (opuscule du Crépuscule). Les paroles de l’opéra électrosymphonique s’élèvent tandis que les images se bousculent, flous après flous, mouvements lents noyés de travellings russes.
Au commencement, il y eut ton souffle et puis le mien/ suivit le silence des bouches et la parole des mains/la ville immobile frissonne par la fenêtre/ses toits inertes n’ont plus la foi/quelques éphémérides au loin/l’hiver est une saison qui ne finit jamais, malgré les rires de l’été/ Je m’incline devant ton désir/au fond de tes yeux embrumés, je t’ai aimé.

Les chiens, les pigeons, les rats, les humains ont la même valeur pour Amos Mariecque. La même valeur scénaristique ; la même valeur spirituelle. Le Maître du temps cinématographique ne donne pas dans la hiérarchie des espèces. Il ne donne pas plus dans la hiérarchie des sexes. Hommes, femmes, hermaphrodites se côtoient sans se faire mal. Leurs individualités ne sont pas affectées par leur genre ; les relations qui les unissent non plus. Ce qui les définit, et souvent les sépare, ce sont leurs choix.

Le tournant du film : un travelling russe qui parait éternel et qui fond sur une image du futur (encore un flash to !) L’homme hésite. On croit que tel l’âne de Buridan il n’arrivera pas à choisir, se condamnant à demeurer dans la ville parmi les fous. Puis brusquement, il tourne à droite et part d’une allure vive.
Il est sauvé. Au loin, les véhicules de police arrivent. Mais Andreï Tarkov ne sera jamais retrouvé. Il aura sauvé ce qu’il a pu de bêtes et de gosses avant de s’en aller finir sa vie de l’autre côté de la frontière, quelque part où personne n’ira l’embêter. Un légionnaire solitaire, sans armée, sans frères d’armes, seul avec sa cause, ses cigarettes et la voix de Vénéxiana Atlantica qui récite : "Sois sage, Ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille".

Il est difficile de résumer ce film. Deux heures de promenade à travers les images de la ville, qui sont les images des âmes des êtres dont le Maître nous parle. Amos Mariecque dit qu’il vieillit. Son œuvre, elle, reste semblable à ce qu’elle a toujours été : ni jeune, ni vieille - intemporelle.

2037

VillaBar ou comment trouver la voie

Avant-hier eut lieu la Banquet annuel des fantômes, au bar du Piston Pélican, à quelques dizaines de mètres du métro Alexandre Dumas à Paris.

Plus d’une centaine de personnes sont venues, un temps ou longtemps, déguisés ou comme à l’accoutumée, pour créer avec nous ce banquet.

(Car chaque troisième dimanche du mois, tu es invité(e) à venir créer avec VillaBar un romanphoto. Il te suffit d’entrer dans le bar et ça y est, tu participes. Des photographes volent ton visage, on t’installe, on te fait poser ou alors on te prend sans que tu t’en rendes compte, alors que tu bois ta bière sur le zinc.

Les photographes qui sont là nous donnent ensuite leurs photos et un auteur écrit un texte. Il en découle un romanphoto. Par ailleurs ou parallèlement, les photos sont utilisées pour alimenter le blog des personnages de VillaBar.

Ainsi donc, si tu entres dans ce bar au bon moment du mois, tu risques d’être transformé en personnage virtuel insaisissable).

Avant-hier donc, c’était la quatrième édition de VillaBar.

Des questions surgissent.

D’abord, sur la façon de créer les romanphotos. Nous avons affaire à deux types d’auteurs.

Les scénaristes, grands chevaliers de la narratologie, commencent par baliser l’histoire. Mathieu Granier et Iris Ducorps, qui savaient qu’ils seraient tributaires des photos prises le soir même, avaient quand même prévu un scénario qu’ils pourraient modifier à leur guise. Cette technique de la pré-histoire a un avantage : elle nous aide à animer la soirée.

Les poètes, frères des sourds et des autistes, préfèrent inventer à partir des images. Je serais plus de cette sorte : laisser les clients du bar et les photographes inventer leur monde au fil des événements « naturels » de la soirée et ensuite, rêver sur la photos pour entendre enfin une mélodie et l’écrire…

Les deux prochains auteurs, Antonio Zamora et Esther Mar, ne sont pas scénaristes. Ils ne donneront pas d’indications à l’équipe villabarienne. Nous, avec les clients du bar, nous inventeront une belle atmosphère et eux, ils s’inspireront des photos pour écrire, sans souci de grammaire scénaristique. Ils n’essaieront pas forcément de reprendre les personnages présents dans les VillaBar passés et pourront inventer.

Bien sûr, autour de VillaBar, les remarques, critiques, réflexions, idées, fusent. Mais quand on a une organisation comme VillaBar, c’est difficile de naviguer entre toutes ces possibilités.

Elise Revon-Rivière voudrait que tout soit libre quitte à ce que ce soit déstructuré. Or, je pense que nous avons besoin d’un fil qui nous aide à porter VillaBar jusqu’au bout. Mais elle a quand même raison. Ce fil, certes, ne doit pas être une chaîne.

AC Legendre pense que le surdéveloppement, sur le blog, des personnages de VillaBar, enlève de la liberté aux auteurs des futurs romanphotos. Si elle suit exactement la série VillaBar, certes. Mais les auteurs sont libres de tout inventer. On peut exploser les barrières de la série sans briser la cohérence. Ne serait-ce qu’en se concentrant sur de nouveaux personnages, jamais mentionnés encore. Ou en écrivant un soliloque intérieur d’un personnage qui imagine quelque chose ou raconte une expérience…

Certains voudraient au contraire beaucoup plus de structure, de cohérence, d’organisation. Mais le jeu de VillaBar n’est-il pas d’inventer à chaque fois ? La différence entre nous et une série télévisée par exemple, c’est que les formats, les modes narratologiques et les thèmes sont entièrement libres et que chacun y participe. Si un inconnu entre à la fin de la soirée dans le bar et qu’il amène une lueur spéciale qu’un photographe aggripe, la série VillaBar peut en être bouleversée pour toujours. Même si le gars entrait pour la première fois au Piston Pélican et qu’il voulait juste boire un coup pour se donner du courage et finir de noyer son RMI.

Nous avons une petite équipe fidèle d’acteurs qui se constitue. C’est une grande joie de savoir qu’ils seront toujours là pour donner le ton, mettre l’ambiance, pallier au manque de clients un soir ou se fondre parmi eux un autre soir. Il faut que tout reste fluide et libre. Qu’il y ait toujours de la place pour accueillir l’imprévu, l’étincelle qui a lieu alors qu’on ne l’attendait pas.

Que chacun soit libre. Libre d’écrire des textes loufoques, libre de se transformer en personnage nouveau, libre de m’envoyer un texte villabarien pour le blog des personnages de VillaBar. C'est ça : c'est de l'art de bar libre et gratuit. La paralittérature, c'est tout ce qui n'est pas littéradure.

Ainsi soit VillaBar…

20.01.2008

L'édition de janvier 2008 d'AlmaSoror

 Voici la dix-septième édition du journal d'AlmaSoror

 

Le journal d’AlmaSoror de janvier 2008 s’ouvre sur un hommage à Laïka, cosmonaute involontaire, passagère de la fusée Spoutnik-2.

 Laïka, un crime scientifique

O tempora ! O mores ! Andreï Tarkov, ardent chevalier aux valeurs périmées, est jeté dans la guerre froide internationale du XXème siècle. Un romanphoto produit par VillaBar et écrit par Sara.

Piège Brutal

La traduction missionnaire et prosélyte vous raconte un bout de son histoire. Cette histoire, qui ne se croit pas exhaustive, est racontée à la première personne du singulier par la traduction elle-même, et se déroulera à travers plusieurs numéros d’AlmaSoror.

Le roman de la conversion


Manuel Gerber nous invite à une fête vocale. Vous parlez. Mais avez-vous déjà roucoulé ?

La fête des bruits : Rahou !


Laurent Moonens, avec un grand sérieux mathématique, nous invite à une découverte saisissante : apprenons gaiement à démontrer que le chemin le plus court est celui qu'on savait déjà.

Moonens ‘mathblues


L’AlmaSoror janviéral se clôt sur rêve de ciel, un horizon vertical de la photographe Sancha.

Paimpol

19.01.2008

Pourquoi attachons-nous les bêtes ?

Requiem pour la liberté

 

Il est une question qui ouvre des abymes. Pourquoi attachons-nous les bêtes ?

Ma première abysse : le souvenir d’un prisonnier américain, vu sur la télévision d’un voisin, enchaîné, comme dans les bandes dessinées de Lucky Luke. Le pénitencier dans lequel il vivait emmenait ces hommes, pour la plupart noirs, travailler dans les carrières ou d’autres types de grands travaux.  

Il racontait à la caméra : « Chez moi il y avait un chien qui était attaché à une chaîne devant la maison. J’ai écrit à ma famille pour leur dire de détacher le chien. C’est trop horrible d’être enchaîné ».

Pourquoi laissons-nous les chiens sous la table lorsque nous mangeons tous ensemble un festin ? Les grondant lorsqu’ils tentent de participer.

Parce qu’ils sont sales ?

On l’a dit de beaucoup d’humains qu’ils étaient sales aussi – trop sales pour toucher ce que nous touchions.

Parce qu’ils ne comprennent rien ?

Pour cela on gardait les enfants et les Indiens loin des endroits de fête et de décision.

Parce qu’ils ne ressentent rien ?

Certes, ils ne ressentent pas plus que ces bébés qu’on opérait sans anesthésie, pensant qu’ils ne ressentaient pas la douleur.

Lorsqu’on parle des sentiments, de la conscience, de la propreté, de la profondeur des autres, parle-t-on d’autre chose que de soi ?

Je sais que mon chien ressent parce que je sais ce que c’est que de ressentir.

Je sais que mon chien aime parce que j’ai aimé.

Je sais que mon chien jalouse parce que j’ai jalousé.

Je sais que mon chien a sa dignité parce que j’ai le sens de ma dignité.

Je sais que le cochon aussi. Et le bouc. Et le mouton. Et l’éléphant. Et le rat.

Et le poisson ? Je ne sais pas. Je n’ai pas d’écailles, pas de nageoires… je suis modelée par mes vertèbres alors je sais que je ne sais pas.

Que ressentent donc ceux qui ne voient pas autrui ressentir ?

Il semble que chaque être doit être à sa place pour la tranquillité d’esprit de Monsieur et Madame : le chien sous la table, la chèvre à l’autre bout du champ, l’enfant en bout de table, etc.

Or, on voit mal de quelle morale, de quelle nature, se dégagerait une place « normale », naturelle des êtres vivants…

Cette histoire de places m’interpelle. Deux sujets font tressaillir les gens, du fond de leurs tripes : ce qu’ils dénoncent comme la « confusion des genres » et « l’anthropomorphisme ».

Or, on pourrait leur rétorquer qu’eux, font du racisme du genre et de l’anthropocentrisme. Ces batailles de mots ne devraient pas oblitérer les vraies questions : pourquoi sommes-nous affolés de l’intérieur lorsqu’on « change la place » des hommes et des femmes, des humains et des bêtes ?

18.01.2008

Premier post de Romantica Atlantica

Il pleut ; j’ouvre un blog.

Titre : Romantica Atlantica

Thème : la liberté d’expression

 

Il est 22 h 33.

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