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14.03.2008

J’admire les bonobos de ne pas avoir inventé le code html

Suite à des question amicales, j'ai eu l'idée de reproduire ici, régulièrement, des articles parus ailleurs sur la Terre virtuelle (Encyclopédie de l'Agora, Newropeans Magazine, Journal d'AlmaSoror, Univers de Sara, Taurillon, etc).

Voici J’admire les bonobos de ne pas avoir inventé le code html, publié il y a quelques mois sur le site d'Esther Mar.
Chaque fois qu’on me parle de l’intelligence supérieure des humains, me revient le profond et doux regard de Gange, chienne setter anglais qui partagea ma vie entre 1991 et 2002.
Les regards intelligents, les regards stupides se côtoient parmi toutes les espèces, l’espèce humaine et les autres espèces animales. Jamais je n’ai remarqué qu’il était possible de faire une généralité sur une espèce particulière d’animaux.
Il en va de même de l’intelligence du cœur, de la grandeur d’âme, et même de l’humour.

Ce qui frappe, c’est la supériorité intellectuelle au sens où l’invention et la création sont immensément plus développées chez les humains – surtout chez certaines civilisations qui possèdent un pouvoir de construction et de destruction faramineux. (Un ami me reproche de faire la différence entre les civilisations ; c’est qu’ayant étudié un grand nombre de langues et de cultures, j’ai remarqué que ce que la culture européenne appelle « l’invention des hommes », n’est pas toujours apprécié et partagé par les autres, par exemple par les Yanomani ou par les Tchouktches. Leur culture n’est pas moins belle ; elle est moins constructrice et moins destructrice).
Citons par exemple l’horloge ; l’avion ; les mathématiques ; la musique ; la peinture ; l’astrophysique ; la neurologie ; la lutherie ; la sculpture ; l’architecture ; les armes de destruction massive ; le mobilier urbain…

Mais ce matin une grande lassitude s’empara de moi. J’avais ouvert mon courrier : des lettres des assurances et de la banque, ainsi qu’une facture d’électricité. J’avais tiré de l’argent au distributeur automatique du coin de la rue. J’avais téléphoné à l’entreprise Orange, qui sans vergogne fait de la vente forcée, afin d’essayer de décocher une chose que je n’avais pas coché dans mon contrat téléphonique et ainsi d’éviter de payer inutilement un gadget ridicule imposé.
J’étais, à neuf heures du matin, déjà bien fatiguée des dictats de la civilisation. C’est alors qu’après avoir ainsi bataillé avec le monde réel, je commençai à m’intéresser aux changements que nécessitait mon site sur la grande Toile. La veille, je m’étais trompée dans les balises de code html et mon site ressemblait à un échec, comme me l’avaient fait remarqué par courrier électronique des habitués soucieux. Le monde virtuel ne me parut pas plus léger que le monde réel.

Il m’arrive d’ouvrir la fenêtre et de demeurer de longs moments, enveloppée dans un rêve, en instance. Je rêve qu’un monde peuplé d’arbres et de bêtes commence au bas de l’immeuble. J’imagine des enfants courir dans des clairières ; des océans, non bordés d’immeubles, mais de dunes. Des maisons qui ressemblent à des cabanes, où aucun fil, aucune prise, aucun tuyau ne trouble la facilité de la vision.

Quand le rêve s’éteint, que le vent me dérange, que je ferme la fenêtre et que le monde humain revient, j’admire les bonobos de n’avoir pas inventé le code html.

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