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24.03.2008
Le journal d'AlmaSoror, XIX
AlmaSoror s’ouvre sur un article de Sara. Elle a lu deux allemands nationalistes mais antihitlériens, Gustav Stresemann et Ernst von Salomon. Elle s’interroge sur l’humiliation et l’orgueil nationaux. Jusqu’où peuvent-ils mener les gens ?
L'humiliation
Chaque mois, ceux qui veulent se rassemblent au bar du Piston Pélican, dans le vingtième arrondissement de Paris, pour faire ensemble un roman photo.
Antonio Zamora, collaborateur madrilène d’AlmaSoror, a écrit le dernier.
Un an après leur mariage, le prince charmant Esteban Mendoza et sa princesse Belinda s'ennuient horriblement. Heureusement, le méchant Drag Cool et ses deux âmes damnées, Venexiana la baronne dépravée et Andreï l'archiduc vendu au Diable, ont décidé de semer la panique dans le joli pays de Zapagne.
Antonio Zamora nous entraîne dans la pure tradition des contes pour enfants, à quelques détails près.
Le Chevalier de l'Amour
Version espagnole. Traduction française.
La traduction continue de nous raconter sa saga. Voici le troisième épisode du Roman de la conversion.
La conversion des sens
Laurent Moonens nous propose un voyage très romantique, aux confins mathématiques, là où se rencontrent les probabilités et l’analyse. Lui-même, pourtant souveraienement serein, s’exclame, bluffé, à la fin de son article : « Finalement, voici presque qu’une expérience de physique nous aiderait à résoudre un problème mathématique ! » Voilà qui nous coupe le souffle !
Mouvemen brownien et fonctions harmoniques
19:06 Publié dans AlmaSoror | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : almasoror, laurent moonens, sara, antonio zamora
22.03.2008
Une Marche humaine
Suite à des question amicales, j'ai eu l'idée de reproduire ici, régulièrement, des articles parus ailleurs sur la Terre virtuelle (Encyclopédie de l'Agora, Newropeans Magazine, Journal d'AlmaSoror, Univers de Sara, Taurillon, etc).
Voici Une Marche humaine, publié en premier sur Animauzine, le 9 mars 2007
Les conditions d’existence des animaux sont très dégradées depuis que l’homme a pris les commandes de toute la surface terrestre. La manière de les traiter fait débat, et les tenants de tous les camps se battent à coup d’arguments biologiques, philosophiques, religieux. Pour chacun, il s’agit de prouver la véritable place de l’homme et les droits que cette place lui confère.
Faut-il alors se persuader, comme dans la Ferme des animaux de George Orwell, que « tous les animaux sont égaux, mais il y a des animaux plus égaux que d’autres » ? Ou penser, avec Marguerite Yourcenar, que « La protection de l’animal, c’est au fond le même combat que la protection de l’homme » ?
La procession des voix pour les sans voix
« Je continuerais à me nourrir de manière végétarienne même si le monde entier commençait à manger de la viande. Cela est mon opposition à l’ère atomique, la famine, la cruauté - nous devons lutter contre. Mon premier pas est le végétarisme et je pense que c’est un grand pas ». Isaac Bashevis Singer
Une procession aura lieu le 24 du mois de mars de l’année 2007. Elle partira à deux heures de l’après-midi de la place du Panthéon.
Des êtres humains se rassembleront pour demander à ce que leur dignité humaine soit respectée, et qu’on ne massacre plus en leur nom.
La cause animale est une très vieille cause, mais elle n’a jamais fait l’objet de grands débats publics dans nos sociétés, ou bien ces débats ont sombré dans l’oubli. Elle est parfois couverte de ridicule, comme si la cause animale était une passion enfantine. Pourtant, comme le disait Emile Zola, « la cause des animaux passe avant le souci de me ridiculiser ».
La nature animale ou les individus animaux
Il y a plusieurs façons de vouloir protéger les animaux. Deux grandes tendances se dégagent du paysage varié de la réflexion sur la condition animale en terre humaine.
La première est globale : les associations de défense de la nature représentent ce courant : on y défend les loups parce qu’ils font partie de la nature. Il s’agit de préserver la diversité des espaces et la capacité de la terre d’accueillir la vie sauvage.
La seconde est fondée sur le respect de l’être animal. Il représente un « humanisme élargi ». Ainsi, les fondations qui prônent cette vision ne défendront pas une politique visant à réintégrer des ours dans une région, parce que cette politique privilégie le groupe des ours au détriment des individus qui seront sacrifiés (transports, adaptation...) à la cause du groupe. Cette fraternité-là envers les animaux leur reconnaît une identité de « personne ».
Mais ces deux tendances, globale et individuelle, sont souvent appelées à soutenir les mêmes causes.
Une fraternité élargie
« Très jeune j’ai renoncé à manger de la viande et le temps viendra où les hommes regarderont les meurtriers d’animaux avec les mêmes yeux que les meurtriers d’êtres humains ».Léonard de Vinci
Une des premières réactions qui nuit à la défense des animaux consiste à penser que leur protection se ferait sur le dos d’êtres humains. Ce n’est pas le cas ; la plupart des associations se situent dans une ligne résolument humaniste. De grands philanthropes ont soutenu la cause des bêtes, tel le médecin Albert Schweitzer, l’astrophysicien Hubert Reeves, ou encore le Mahatma Gandhi, qui disait : "Je hais la vivisection de toute mon âme. Toutes les découvertes scientifiques entachées du sang des innocents sont pour moi sans valeur."
De façon moins soucieuse et plus cruelle, on reproche aux défenseurs des animaux de faire montre d’une sensiblerie niaise, faible. Mais l’aventurier Mark Twain, qui prit des risques de toutes sortes au cours de sa vie, prit aussi celui du « ridicule » : "Peu m’importe que la vivisection ait ou non permis d’obtenir des résultats utiles pour l’homme. La souffrance qu’elle inflige à des animaux non consentants est le fondement même et la justification pour moi suffisante de mon aversion, un point c’est tout."
Assimilation et opposition de l’animal et de l’homme
Quelle propagande nous a construit ces croyances auxquelles nous nous accrochons comme à une bouée de sauvetage ? Celle qui oppose à l’Art, la nécessité ; celle qui oppose à l’affection, l’instinct ; celle qui oppose à la pensée verbale, le néant ; et celle qui oppose à la souffrance humaine, l’insensibilité animale ?
Nous avons déjà bien montré que nous sommes capables des pires atrocités, sur nous-mêmes, les hommes, sur les bêtes et sur la nature. Il nous reste à témoigner de nos aspirations à la liberté, à la beauté de la nature, au pacifisme de l’Art et au respect de la vie.
S’il faut absolument s’extraire du monde animal, plutôt que par l’assassinat et l’exploitation massifs, optons pour l’attitude fraternelle de celui qui a les moyens de maîtriser ses propres besoins et peut tendre une main amie.
La fête sanglante
Mais pour cela, il faut d’abord contempler le monde tel qu’il est au risque de le voir plus horrible que ce que l’on voulait imaginer. Comme l’écrit Florence Burgat, « lever le silence qui entoure ce massacre trouble impardonnablement une fête qui en passe par le sacrifice animal. Mais notre luxe le plus profond tient surtout dans la douleur tonitruante d’animaux dont nous avons manqué la rencontre, et qui, au fond de leur cachot, attendent quelque chose que nous ne leur donnons pas ».
Déserte est la nuit de l’homme abstrait.
Raoul Vaneigem
Le 24 mars 2007, à Paris, des humains rassemblés défileront silencieusement par solidarité envers ceux qui n’ont point la parole.
Car de nos jours où tout est bétonné, enserré, mécanisé, qu’il soit homme ou bête, désert est le jour de l’animal concret.
21:59 Publié dans imperfection du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : animalité, antispécisme, végétarisme, leonard de vinci, zola, bashevis singer
21.03.2008
Photographes de VillaBar
N’est-il pas grand temps de remercier les photographes de VillaBar ?
Karim-Pierre Maalej, photographe officiel sur Le retour de Bob Mushran, prend des photos de VillaBar et constitue ainsi une libre anthologie visuelle de VillaBar. Il les met sur Flickr à cette adresse, et ses photos sont abondamment utilisées pour le blog des personnages de VillaBar.
Marie-Claire Bordaz, rencontrée quand j'avais onze ans... Maman d'une excellente amie. Photographe d'architecture, Marie-Claire Bordaz avait photographié un roman photo qui était un polar architectural, Meurtre chez les modernes. Elle nous a fait l'honneur d'être des nôtres pour Piège Brutal.
Isabelle Ferrier, toujours présente et efficace et discrète, a participé à chacun des VillaBar du Piston Pélican, et nous espérons qu’elle continuera. Je vous montre sa photo que je préfère, mais il y en a tellement d’autres très belles…
Sara, auteur illustratrice de livres pour enfants et peintre, est là depuis VillaBar 0 (où, en plus d’être photographiée, elle joue l’une des belles prostituées). Sara photographie des images très cadrées, comme toutes ses images, qu’elles soient peintes ou de papier déchiré. Sara est aussi la principale artisane des récits photos à partir desquels les auteurs écrivent et de la mise en page des romans photos.
Edith 2 CL, votre serviteuse, cophotographe rentable sur VillaBar 0 (John Peshran-Boor), s’est vautrée monumentalement lors de VillaBar I. Seule une photo a pu être utilisée, et encore, pour le générique. Elle s’est donc retirée dans la mise en scène et le jeu (de son personnage Venexiana Atlantica). Elle va peut-être réessayer un jour… Qui sait…
Olivier Estord : on le connaissait de vue puisqu’il boit souvent des verres de Bourgogne au comptoir du Piston Pélican. Olivier Estord a beaucoup participé au squatt artistique de Goumen pendant dix ans, jusqu’à sa fermeture obligatoire… Il a shooté en argentique et en noir et blanc pour VillaBar IV, Que la mort nous rassemble. On lui doit de très belles vues dont la belle photo des jambes d’Ondine Frager surplombant le banquet des fantômes.
Sancha (AlmaSoror a publié, de Sancha : 4 sans titre ; Paimpol ; et en collaboration avec David Nathanaël Steene, Que faire de nos forces vitales ?)
Sancha n’est jamais très loin de VillaBar, puisque Sandra Alves (son autre nom) est une des patronnes du bar du Piston Pélican. Elle fut photographe sur VillaBar II, Ginna l’empoisonneuse.
La rencontre avec Marcella Barbieri a eu lieu au salon du livre de jeunesse de Montreuil, grâce à Tieri Briet (un moment fort qu’il a relaté sur son blog, ici). Nous passions, Sara et moi, non loin de son stand, lorsque Tieri nous héla. Venez voir des photos magnifiques ! Juliette Armagnac était avec lui, penchés sur les photos de Marcella. Marcella était là et nous contemplâmes ses photos, puis échangeâmes nos cartes. Elle est passé un soir à VillaBar avec ses amis (au mois de décembre, pour Que la mort nous rassemble). Elle a ensuite accepté de particper au VillaBar de mars (thème : Vivre en 3027 sur Saturne). Tout à l’heure, je lui ai demandé de revenir, et elle a dit oui. Certaines de ses photographies sont somptueuses. Telle la tête de William Fontaine (Andreï Tarkov) noyée dans du jaune…
15:11 Publié dans VillaBar | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : villabar, almasoror, piston pélican, inconnus, romanphotos
19.03.2008
Le salariat : une aliénation en contradiction avec l’humanisme
Le salariat : une aliénation en contradiction avec l’humanisme
Salariat, Soumission et Sélection
Suite à des question amicales, j'ai eu l'idée de reproduire ici, régulièrement, des articles parus ailleurs sur la Terre virtuelle (Encyclopédie de l'Agora, Newropeans Magazine, Journal d'AlmaSoror, Univers de Sara, Taurillon, etc).
Voici, du Newropeans Magazine, Le salariat : une aliénation en contradiction avec l'humanisme (février 2007)
I Le salariat
Fondé sur le lien de subordination du salarié envers son employeur, le salariat pose une grande entrave à l’intégrité civique, qui proclame la liberté et la responsabilité de l’individu, et à l’humanisme, qui refuse l’idée qu’un homme soit asservi.
Dès lors les lois ont « adouci » la subordination, en la régulant par des droits sociaux. Le salariat, subordination en échange d’un salaire et de droits sociaux, est objectivement un esclavage civilisé (rendu civil), « humanisé », amoindri et sous condition.
On est loin de la liberté (obligations en échange des droits sociaux) ; loin de l’égalité (subordination) ; loin de la fraternité (concurrence).
Le salariat est un processus de déresponsabilisation ; il est donc problématique d’allier salariat et vie civique, puisque les valeurs de l’un sont le contraire des valeurs de l’autre.
On aurait tendance à croire que tant que les salaires sont suffisamment élevés, le salariat donne le loisir de consommer un grand nombre de choses, loisir facile à confondre avec la liberté puisqu’il donne la possibilité de bouger, de se procurer de la culture, etc. Pourtant, il est illusoire de confondre liberté et loisir de consommer sous prétexte que ce loisir est plus tangible que les libertés individuelles pures et dénuées de moyens.
Si les libertés individuelles dénuées de moyens demeurent théoriques, il n’en reste pas moins que les moyens d’un homme subordonné ne sont pas une liberté, mais des facilités.
Sans subordination, pas de droits sociaux. Les alternatives au salariat - professions indépendantes - subissent des pressions fiscales qui les rendent difficiles d'accès. Le salariat est une prise d’otage, et la seule réponse trouvée par les salariés est la prise d’otage, par la lutte collective.
Les luttes dites sociales cherchent en général à répandre autant que possible le salariat et à diminuer le pouvoir des patrons. Elles entérinent donc à la fois la subordination et la déresponsabilisation (le patronat entrepreneurial n’est plus libre de ses décisions : plutôt que de rendre la liberté à tous, on l’enlève à ceux qui l’ont).
Les luttes sociales propagent ainsi l’asservissement : elles permettent d’augmenter l’égalité, mais contribuent à annihiler la liberté d’initiative et l’autonomie.
Des voix de l’anarchie se font entendre.
Les voix ultra-libérales souhaitent libérer entièrement les rapports entre les hommes et les échanges. Elles considèrent que la propriété privée est le fondement de la liberté humaine, et postulent que ce droit inaliénable est garant des autres droits. Elles supposent qu’une harmonie naturelle, une main régulatrice invisible, empêcherait une prise de pouvoir radicale des uns sur les autres.
Des voix libertaires s’appuient sur l’idée contraire bien que semblable : elles croient à une harmonie des rapports humains dès lors qu’on y mêle pas d’argent ou d’échange marchandé. La propriété privée est l’ultime perversion, et l’éliminer permettrait de cesser les rapports de force et de pouvoir.
Bien souvent, les théoriciens ultra-libéraux et libertaires sont payés par l’Etat pour le détruire, et leur radicalité éthérée, si elle séduit par l’acuité de la critique et l’audace de l’imagination, fait frémir quant à l’irréalisme et la foi totale en l’harmonie naturelle.
Il y a sans doute une voie du milieu, qui renonce à la subordination avilissante sans pour autant prêcher les folies d’une liberté totale autorisée par la bonté innée de l’homme (libertaires) ou la perfection équilibrante de la « nature » (ultra-libéraux).
II La soumission
La hiérarchie fait croire à l’ordre hiérarchique du monde. Les êtres humains s’identifient à leur rang dans la hiérarchie, et ce rang, parce qu’il détermine de fait les pouvoirs dans la société, déteint sur la vie civique et les choix individuels et collectifs. Elle nuit péniblement, cette hiérarchie, au bon déroulement de la vie civique et à l’exercice de la citoyenneté. Elle perturbe l’intérêt général et tronque la vision humaniste qui fonde notre société puisque elle ne la respecte pas tout en étant plus effective. Comment croire une liberté proclamée sans effets visibles quand on subit quotidiennement les effets de la subordination, de la hiérarchie, qui se propagent – par l’argent et le pouvoir – or de l’entreprise ?
La subordination est une atteinte à la dignité de l’individu ; elle est accompagnée de la déresponsabilisation. On ne peut être un homme libre et subordonné. On ne peut être un homme responsable et subordonné.
Reconnaître un supérieur hiérarchique, c’est se déposséder de sa liberté, de son autonomie et de sa responsabilité.
Reconnaître un inférieur hiérarchique, c’est renoncer au respect de la liberté et de la responsabilité de l’autre.
L’inférieur et le supérieur brisent ensemble les liens de liberté, d’égalité et de fraternité que la vie civique leur impose pourtant.
Ils partagent cette responsabilité mutuellement fratricide.
Les ressources inhumaines de cette organisation trouvent leur application dans la gestion des ressources humaines.
Le terme de ressources humaines est inacceptable. Il n’y a pas de ressources humaines. Il y a des individus et la collectivité.
L’homme ne peut être, en pays humaniste, un moyen, de même qu’il ne peut être une ressource, pour l’entreprise ou pour l’Etat. Il n’est que la fin.
Les ressources humaines sont le témoignage de l’esclavage adouci, de la manipulation de l’homme à des fins autres que lui-même.
Le salariat est incompatible avec l’humanisme : le salariat considère l’homme comme un moyen. L’homme est au service de l’entreprise et non le contraire ; les décisions sont prises en fonction des produits et non de la fin que l’on donne à l’homme. Celui-ci est considéré par son rang dans la hiérarchie, non par son essence inaliénable d’être vivant.
Le corps humain est un corps animal. La liberté humaine ne peut se passer de liberté animale, celle de se mouvoir dans le temps et dans l’espace.
Le salariat, dans la grande plupart des cas, impose une astreinte à résidence professionnelle d’un certain nombre d’heures par jour, durant lesquelles le salarié est subordonné et surveillé. Cet asservissement contractuel lui donne droit à un salaire et à des droits sociaux.
Nous sommes loin de la liberté de mouvement ; loin de l’homme libre de ses gestes sur une planète libre.
La liberté devrait pouvoir se mesurer, entre autres, au fait que l’homme dispose de son temps et puisse aller et venir à sa guise dans l’espace.
III La sélection
La sélection des supérieurs et des inférieurs hiérarchiques, dans notre société, se fait en grande partie par le diplôme.
Sanctionner la légitimité (à la parole, à l’exercice d’un métier…) comporte sans doute des avantages puisque la normalisation d’une profession et le formatage des individus préviennent dans une certaine mesure la folie de l’arbitraire ; mais elle présente aussi des risques.
Le diplôme ne donne pas seulement une légitimité à certains : il l’enlève à d’autres. En donnant une légitimité aux diplômés, il en prive tous ceux qui ne possèdent pas le diplôme.
Le diplôme est une sanction arbitraire et pernicieuse. Il s’agit d’un accaparement du jugement intellectuel et scientifique, qui se renouvelle à travers les générations, la sélection procédant de l'autoreconnaissance : le sélectionneur juge apte celui qui lui ressemble.
La restriction de l’accès à l’initiative scientifique et professionnelle à laquelle on est arrivé est effarante. Un grand nombre de métiers sont inaccessibles à qui ne suit pas la voie officielle. Il s’agit d’une grande confiscation du savoir et de l’action.
De même que l’Etat ou un groupe privé ne devraient pas pouvoir disposer de l’Histoire, de l’Art, des moyens d’expression, ils ne devraient pas plus disposer de la science et de la suprématie intellectuelle (distribution des sanctions intellectuelles et scientifiques, légitimité de la parole et de la prise de décision).
Ainsi l’élitisme constitue un accaparement.
A la Révolution française, Sieyès (qui posa les trois questions : qu’est-ce le Tiers-Etat ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent ? Rien. Que demande-t-il ? A être quelque chose.) voulait rétablir l’aristocratie naturelle. Les fondateurs américains aussi invoquaient souvent cette notion.
La question de l’élite semble être de savoir comment on la choisit (caste héréditaire, formatage intellectuel appelé "mérite", richesse, tirage au sort, etc) ; pourtant, l’existence même d’une élite implique une société non égalitaire et un accaparement par certains du pouvoir et de la légitimité de parler, de décider, de gouverner, de choisir (on est pas loin de la légitimité de penser).
Créer une élite, c’est sélectionner les "meilleurs" : or, l'aristocratie signifie le « gouvernement des meilleurs ». La création d’une élite se confond avec la création de l’aristocratie. L’ « élitisme républicain » vise à ce que l’aristocratie soit mouvante et qu’elle ne se transmette pas, mais il est aristocratique quand même. Y-a-t-il des aristocraties plus légitimes, plus justes que d’autres ? Légitimer une aristocratie, c’est penser que certains sont meilleurs ; c’est donner un à petit groupe le pouvoir, s’en justifier intellectuellement et politiquement, et c’est donc un accaparement.
L’aristocratie (ou élitisme, cela se confond), c’est l’idée que tout le monde n’a pas les mêmes moyens de gouverner : seuls certains l’ont, et il faut leur donner le pouvoir. Or, plus la sélection semble légitime et juste, plus elle est monstrueuse à subir, car le quidam qui n'entre pas dans ses critères ne peut s'en prendre qu'à sa propre incompétence ; c'est sa nullité que la société lui renvoie - la légitimation de la sélection étant au moins aussi douloureuse que la privation qu'elle occasionne.
Je ne crois ni à l’élitisme, ni au non élitisme. Les tentatives de justification des systèmes en cours sont toujours tronquées, et chaque système lèse un nombre de gens assez conséquent pour qu’il soit très critiquable.
Si nous nous concentrions sur un credo qui définirait nos principes et droits de base, peut-être pourrions nous améliorer la société, en éliminant la subordination sans la remplacer par la lutte infernale entre les êtres et les féodalités de secours qui en résultent. C’est la grande quête de l’alliance entre l’autonomie des initiatives et l’union autour d’un fondement - projet commun.
On refuse facilement les idées qui, critiquant une situation, ne lui proposent pas des remèdes immédiats : les « modérés » ne veulent pas critiquer le système en cours parce qu’ils le soupçonnent moins pire que ceux que l’on propose. Les « extrémistes » confondent la prudence et la lâcheté, et haïssent assez le système pour tenter autre chose, fut-ce pire.
Mais la peur du désespoir ne devrait pas fermer la porte de la pensée. Agir en conscience sur des bases désespérées est peut-être moins pire que de laisser perdurer des malheurs ou que d'agir en croyant qu’une idée va enfin régler les problèmes de justice et de pouvoir que les humains ont toujours connu.
21:47 Publié dans Articles d'ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : salariat
17.03.2008
La langue peut-elle être officielle ?
Suite à des question amicales, j'ai eu l'idée de reproduire ici, régulièrement, des articles parus ailleurs sur la Terre virtuelle (Encyclopédie de l'Agora, Newropeans Magazine, Journal d'AlmaSoror, Univers de Sara, Taurillon, etc).
Voici La langue peut-elle être officielle ? publié dans le Newropeans Magazine
La langue peut-elle être officielle ?
Inventer pour se déployer
Les auteurs anciens ne se lassaient pas d’inventer des mots : ils pensaient en inventant, ils inventaient en parlant, ils parlaient comme ils vivaient. Leur langue française était souple comme une gamme des premiers temps du jazz et autorisait des créations orthographiques, grammaticales et lexicales, qu’on n'aurait même pas eu besoin de qualifier de « création ».
On ne jugeait pas la langue en disant : « c’est bien » ou « c’est faux », mais le critère de la beauté, qui ne se confondait pas avec l’idée de justesse ou de conformité aux règles, primait.
Il n’y avait pas de difficultés pour féminiser les mots d’ordinaire réservés aux hommes. On féminisait comme on voulait, quand la situation l’exigeait.
L’académie française et la scolarité de masse ont changé les choses. « Il ne sait pas écrire, il ne sait pas parler un français correct », ces phrases signifient que la personne n’use pas de la langue française officielle. En outre, l’Académie et les commissions de néologismes surveillent de près la création des mots.
Peut-on surveiller la langue ? Peut on l’empêcher de pêcher des mots dans d’autres langues, de faire évoluer sa grammaire ? L’encadrement de la langue dans une grammaire et un lexique officiels ne traduit-il pas un pouvoir totalitaire sur les mots et les locuteurs ?
La langue interdite
Les Tahitiens du Tahiti ancien ne pouvaient prononcer certains mots qui étaient tapu (d’où l’emprunt français tabou). Ainsi, lorsque Pomaré devint roi son nom devint tabou. Or pö signifie la nuit, et mare, la toux. Il fallut inventer deux nouveaux mots pour dire nuit et toux parce que les prononcer conduisait à la mort. C’est le contraire de la liberté d’expression et de pensée.
Le pouvoir religio-politique des rois tahitiens est imité par certaines grandes entreprises.
Une autre entrave au déploiement de la langue aujourd’hui est la privatisation de certains mots ou sigles. Je ne peux employer certains mots librement dans un article car ils appartiennent à des marques, qui m’empêchent de les citer sans citer le possesseur (GO, caddie). Les mots, donc, ne sont économiquement pas libres !
Peurs
Les peurs de dégénérescence (contamination par l’anglais, appauvrissement lexical et grammatical) sont fondées : toutes les langues du monde peuvent en mourir.
Une langue pauvre rend difficile l’expansion expressive des êtres et de la culture. L’inculture, l’abrutissement des foules devant les divertissement de masse, leur allégeance tacite aux journaux, aux télévisions et aux produits culturels à la mode écrasent la langue.
Mais comment pourrait-elle être sauvée d’en haut, par des ingénieurs agréés de la langue française ?
Eteignons définitivement la télévision, créons notre propre pensée, vivons libres, lisons les siècles passés et les mots que nous inventerons seront aussi culturels que ceux de nos auteurs classiques.
Si l’on veut favoriser une langue française belle et culturelle, on ne le fera pas par des restrictions et des instructions de gens dont le savoir et la culture ont été sanctionnés par un diplôme d’Etat, mais en créant de la beauté et de la culture en français.
Parler une langue riche ce n’est pas parler une langue bonne - c’est parler une langue vaste, qui s’ouvre à l’avenir et ajoute sans cesse le présent et l’avenir au passé.
Laissons la langue être parlée et écrite et elle s’enrichira. Avons-nous peur de la culture que nous pourrions faire naître ?
Administrer, formaliser, officialiser
Notre vie entière se traduit en numéros, en formulaires, en précisions. Je suis M ou F (masculin ou féminin) ; ma naissance est calculée au jour près et je dois sans cesse répéter ce jour exact au long de ma vie ; mon adresse postale est rigoureusement exacte, je dois en informer un grand nombre d’institutions si j’en change ; ma situation de famille est régulièrement contrôlée et doit être exprimée de façon précise.
Au fil de temps la langue s’est codifiée comme toute notre vie.
La langue est la pensée humaine. Codifier la langue, c’est codifier la pensée. On étouffe dans une langue officielle, où certaines phrases sont « françaises », d’autres « en mauvais français ». Une langue trop codifiée est une langue qui prescrit la pensée.
Administration et conformité
Parce que nous officialisons, administrativons et entérinons tout ce que nous faisons (orientation sexuelle, identité (état-civil), langue, circulation, logement, entreprise, vie familiale, enseignement, etc), nous en oublions la liberté qui se cache derrière la théorie de la liberté.
De même que les obligations administratives sont des restrictions qui annihilent l’initiative et la liberté de création (culturelle ou économique), de même, les obligations linguistiques constituent un accaparement de la langue, créant la peur de la sanction, annihilant les tentatives d'expression.
Tout cela participe d'une normalisation de nos vies...
Le cinéaste Pasolini déplorait que la télévision rendait les gens conformes ; il faisait la différence entre les acteurs ayant un visage personnel et les acteurs ayant un visage conforme, télévisuel. Il était dur, n’est-ce pas ? Je dirais que la langue est comme le visage : si elle est standard, elle n’a pas beaucoup d’autres intérêts que de « passer », d’être « correcte ».
Comment pourrions-nous être heureux dans une langue étriquée ?
Nietzsche : « Il faut encore porter du chaos en soi pour donner naissance à une étoile dansante ».
Quelles portes faut-il ouvrir pour libérer la langue qui dort, perdue entre le chaos des incultures et la culture officielle et administrative ?
23 avril 2007
21:41 Publié dans Articles d'ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue officielle, langue libre
15.03.2008
Un rayon de piano sur un vieux film
Au dernier VillaBar, John Peshran-Boor s’est fait la malle le temps d’un WE pour laisser œuvrer son double, Jean-Pierre Bret.
Je suis allée entendre Jean-Pierre Bret improviser au piano le mois dernier sur la projection d’un film de 1928, un rayon de soleil sur Paris.
Le film décrit un dimanche parisien (et banlieusard) typique à l’époque.
J’ai eu la surprise, en allant saluer le pianiste à la fin de la séance, d’apprendre qu’il n’avait vue qu’une fois le film avant. En l’écoutant, je me disais : il a dû bien préparer son coup. Eh non !
La magie de l’improvisation était palpable. Alors que les images défilent, le piano nous berce, nous porte, nous emporte, à travers les scènes noires et blanches.
Aujourd’hui aussi, il faudrait que des salles laissent ouvertes certaines séances à l’impro. Certains films n’auraient ainsi pas de musique et nécessiteraient la présence d’un musicien ou d’un groupe lors de la projection. Une belle façon de faire vivre la musique et le cinéma.
Ah, je rêve parfois d’une belle vie de cinéphile. Les films n’auraient pas tous le même format. Les salles, certaines seraient vides et silencieuses comme pour un concert, d’autres permettraient de se restaurer en regardant le film.
Chiquer – puisque la cigarette est presque morte - en voyant un film beau et en écoutant un pianiste, un saxophoniste ou un flûtiste improviser… Telle est la belle vie de cinéphile que j’imagine.
Les pianistes ont des dons magnifiques : il faudrait leur donner plus d’occasions de les déployer, de les partager avec le grand public.
18:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-pierre bret, john peshran-boor, cinéma muet, piano, musée d'orsay
14.03.2008
Saturniens, Saturniennes !
Vivre en 3027 sur Saturne
Dimanche 16 mars, nous avons tous rendez-vous au bar du Piston Pélican, 15 rue de Bagnolet, au métro Alexandre Dumas à Paris (vingtième arrondissement) pour créer le sixième épisode de VillaBar.
Vous êtes invités à venir entre 19h et 22h poser pour des photos sur le thème Saturniens, Saturniennes : vivre en 3027 sur Saturne.
Les photographes seront Marcella Barbieri, Isabelle Ferrier et Sara.
L'auteur Esther Mar devra ensuite écrire le texte du roman photo en quinze jours. Cette série VillaBar, commencée en octobre 2007 et qui durera jusqu'en juillet 2008 au moins, est une expérience d'art de bar. Tous ceux qui veulent peuvent venir et participer, en posant pour des photos, en donnant des idées ou tout simplement en regardant ce qui se passe.
Dimanche, venez donc participer à l'art de bar libre et gratuit dans un bar de Ménilmontant ! La bière n'y est pas chère, l'ambiance très bonne.
Le site de VillaBar, créé et maintenu par Agnès, est visitable à cette adresse...
21:56 Publié dans VillaBar | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
J’admire les bonobos de ne pas avoir inventé le code html
Suite à des question amicales, j'ai eu l'idée de reproduire ici, régulièrement, des articles parus ailleurs sur la Terre virtuelle (Encyclopédie de l'Agora, Newropeans Magazine, Journal d'AlmaSoror, Univers de Sara, Taurillon, etc).
Voici J’admire les bonobos de ne pas avoir inventé le code html, publié il y a quelques mois sur le site d'Esther Mar.
Chaque fois qu’on me parle de l’intelligence supérieure des humains, me revient le profond et doux regard de Gange, chienne setter anglais qui partagea ma vie entre 1991 et 2002.
Les regards intelligents, les regards stupides se côtoient parmi toutes les espèces, l’espèce humaine et les autres espèces animales. Jamais je n’ai remarqué qu’il était possible de faire une généralité sur une espèce particulière d’animaux.
Il en va de même de l’intelligence du cœur, de la grandeur d’âme, et même de l’humour.
Ce qui frappe, c’est la supériorité intellectuelle au sens où l’invention et la création sont immensément plus développées chez les humains – surtout chez certaines civilisations qui possèdent un pouvoir de construction et de destruction faramineux. (Un ami me reproche de faire la différence entre les civilisations ; c’est qu’ayant étudié un grand nombre de langues et de cultures, j’ai remarqué que ce que la culture européenne appelle « l’invention des hommes », n’est pas toujours apprécié et partagé par les autres, par exemple par les Yanomani ou par les Tchouktches. Leur culture n’est pas moins belle ; elle est moins constructrice et moins destructrice).
Citons par exemple l’horloge ; l’avion ; les mathématiques ; la musique ; la peinture ; l’astrophysique ; la neurologie ; la lutherie ; la sculpture ; l’architecture ; les armes de destruction massive ; le mobilier urbain…
Mais ce matin une grande lassitude s’empara de moi. J’avais ouvert mon courrier : des lettres des assurances et de la banque, ainsi qu’une facture d’électricité. J’avais tiré de l’argent au distributeur automatique du coin de la rue. J’avais téléphoné à l’entreprise Orange, qui sans vergogne fait de la vente forcée, afin d’essayer de décocher une chose que je n’avais pas coché dans mon contrat téléphonique et ainsi d’éviter de payer inutilement un gadget ridicule imposé.
J’étais, à neuf heures du matin, déjà bien fatiguée des dictats de la civilisation. C’est alors qu’après avoir ainsi bataillé avec le monde réel, je commençai à m’intéresser aux changements que nécessitait mon site sur la grande Toile. La veille, je m’étais trompée dans les balises de code html et mon site ressemblait à un échec, comme me l’avaient fait remarqué par courrier électronique des habitués soucieux. Le monde virtuel ne me parut pas plus léger que le monde réel.
Il m’arrive d’ouvrir la fenêtre et de demeurer de longs moments, enveloppée dans un rêve, en instance. Je rêve qu’un monde peuplé d’arbres et de bêtes commence au bas de l’immeuble. J’imagine des enfants courir dans des clairières ; des océans, non bordés d’immeubles, mais de dunes. Des maisons qui ressemblent à des cabanes, où aucun fil, aucune prise, aucun tuyau ne trouble la facilité de la vision.
Quand le rêve s’éteint, que le vent me dérange, que je ferme la fenêtre et que le monde humain revient, j’admire les bonobos de n’avoir pas inventé le code html.
21:37 Publié dans Articles d'ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bobono, html
10.03.2008
Les Enfermés
Suite à des questions amicales, j'ai eu l'idée de reproduire ici, régulièrement, des articles parus ailleurs sur la Terre virtuelle (Encyclopédie de l'Agora, Newropeans Magazine, Journal d'AlmaSoror, Univers de Sara, Taurillon, etc).
Les enfermés
La question de la réparation du crime et de la dignité corporelle (Newropeans Magazine, novembre 2006)
Condamnation et enfermement
La Justice envoie beaucoup en prison. Il est frappant de penser que l’enfermement n’est pas réservé à ceux qui portent atteinte à la vie et à la dignité d’autrui ; des gens qui ne représentent aucun danger pour les autres croupissent de longues années en prison.
S’agit-il de faire payer à quelqu’un sa dette envers la société ou de protéger les membres de la société d’un individu violent ? Ces deux actions se confondent-elles ?
Les citoyens, au nom desquels on enferme, sont-ils seulement en mesure de répondre à ces questions ?
Réparation, dépossession
Les moyens de réparer un tort – travaux, amendes - ne manquent pas.
Pourquoi la société ne demande-t-elle pas plus souvent au « coupable » de réparer son tort, au lieu de lui faire subir une exclusion et de porter atteinte à sa dignité pendant un certain nombre d’années ?
Enfermer, c’est prendre possession du corps de l’autre. Dès lors, la prison ne devrait-elle pas être réservée aux gens dont la liberté de mouvement constitue une menace pour les corps, la vie, la santé des autres ? Peut-elle servir à autre chose qu’à protéger la société du meurtre et du viol ?
Respect et protection
Si nous admettons que la peine de prison n’est ni une punition – une société humaniste ne punit pas en enfermant les corps et en annihilant l’intimité -, ni une réparation – est-ce réparer, que de subir un enfermement ?-, alors elle ne constitue rien d’autre qu’une « solution » extrême et désespérée de protéger les gens. Dès lors, nous devrions faire en sorte que les criminels dangereux soient traités au mieux. Assurer à la personne que l’on enferme pendant plusieurs années, plusieurs dizaines d’années, un confort qui traduise le respect que nous accordons à la vie humaine et permette au prisonnier de vivre, au sens entier du terme : penser, se déployer dans l’espace, contempler la vie.
Espace vital
La question du (statut du) corps, animal ou spécifiquement humain, est centrale dans beaucoup de nos activités. On s’approprie le corps des animaux. On enferme de force les « malades mentaux ». On prive les prisonniers de leur liberté de mouvement.
Jusqu’à quel point la société peut elle prendre possession du corps et de l’intimité du criminel ou du déviant ?
Devrait-on définir le droit à un espace vital minimal, inaliénable ? Quel serait-il ?
Cette question, nous nous la posons de plus en plus au sujet des animaux. Mais nous devrions aussi considérer la prison sous cet angle corporel : quelle étendue spatiale et quelle possibilité d’intimité laissons-nous à ceux que nous enfermons ?
La question de la prison devrait tous nous préoccuper.
L’utilisation de la prison révèle notre rapport au corps humain, au corps d’autrui, et notre vision de la justice.
Edith de Cornulier-Lucinière, Paris
10:21 Publié dans Articles d'ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prison, punition, culpabilité, peine
08.03.2008
Ave Imperator ! Moritori te salutant
Suite à des questions amicales, j'ai eu l'idée de reproduire ici, régulièrement, des articles parus ailleurs sur la Terre virtuelle (Encyclopédie de l'Agora, Newropeans Magazine, Journal d'AlmaSoror, Univers de Sara, Taurillon, etc).
Voici Ave Imperator ! Moritori te salutant... (Newropeans Magazine, août 2006)
« S'il faut donner son sang, Allez donner le vôtre, Vous êtes bon apôtre, Monsieur le président »
Boris Vian
« Du combat, seuls les lâches s'écartent »
Homère
Dans l’Antiquité, puis au Moyen-Âge, les chefs étaient au premier rang dans les batailles. Peu à peu, les dirigeants apprirent à faire la guerre sans risquer leur vie.
Lors de la campagne française en Russie, le prince russe, Bagration, finissait certaines batailles au corps à corps… Dans le camp d’en face, l’empereur Napoléon restait en retrait du champ de bataille. Il risquait beaucoup moins sa vie que ses prédécesseurs ; mais les canons sifflaient sur sa tête et il pouvait à tout moment exploser avec sa longue-vue. Pourtant, il fuit en cachette la Russie, pour rejoindre Paris, où il reprit sa vie de palais pendant que ses soldats mouraient de faim, de froid et de fatigue dans la neige russe. Il ouvrait ainsi une ère très agréable aux chefs : celle où leurs décisions ne les engageaient plus à mourir.
Certaines scènes appartiennent à nos époques, comme celle d’un chef des armées qui dirige les opérations depuis sa maison de campagne, n’ayant aucune expérience matérielle, physique et psychologique de ce qu’il prône. Il nous paraîtrait aberrant que Messieurs les présidents de la république des Etats-Unis d’Amérique, d’Israël, du Liban, soient en train de se battre aux côtés de leurs soldats, de lâcher eux-mêmes les bombes sur les villes et sur les populations.
Saint-Exupéry écrivait : « La guerre, ce n’est pas l’acceptation du risque. Ce n’est pas l’acceptation du combat. C’est, à certaines heures, pour le combattant, l’acceptation pure et simple de la mort ». Cette parole est vraie pour ceux qui font la guerre ; elle ne l’est pas pour ceux qui la décident, ni pour ceux qui la votent à l’Assemblée, ni pour le chef des armées. Pour eux, il ne s’agit pas de l’acceptation de leur propre mort, mais de celle des autres.
La répartition des rôles et des métiers a ses utilités, ses justifications, certes.
Mais le sacrifice de la vie des autres n’exige pas le même engagement personnel que l’acceptation de sa propre mort… L’observation des hommes et des animaux nous rappelle assez comme l’horreur de la mort et l’amour irrationnel de la vie sont répandus ; la gloire de ceux qui décident la guerre, et la mort de ceux qui la font, laissent rêveur.
Comme les chefs d’Etat, la plupart des citoyens ne connaissent pas la guerre réelle, directe, celle qui fait irruption dans la vie pour balayer toutes les choses aimées. Que signifie « intervenir en Afghanistan, en Irak, en Serbie », pour un citoyen dont le rapport à la guerre se réduit à regarder une télévision ? La perte de soldats français en Afghanistan ne faisait pas même l’objet d’une ligne dans les grands journaux français. Le peuple français ne s’intéressait pas aux conséquences des décisions prises en son nom, puisqu’il n’était pas en danger.
« Se faire tuer » est le métier du soldat ; les citoyens des nombreux Etats engagés en Serbie pouvaient approuver de concert les interventions meurtrières sans réfléchir outre mesure. S’ils avaient été concernés par la mort, sans doute la défense guerrière des droits de l’homme aurait paru moins alléchante, plus discutable.
A la barbarie des chefs sanguinaires des despotismes d’antan, succède l’indifférence des technocrates décisionnaires. Dès lors, comment penser la guerre ? Faut-il la refuser complètement ? Ou, considérant qu’elle est inéluctable, faut-il l’organiser ?
Lorsqu’on compte les morts au combat, comment accepter que le chef des armées ne déplore pas la moindre foulure, ni même une tâche de boue sur ses costumes ?
Quelle est la valeur d’une décision qui met la mort en jeu, quand le décisionnaire sait que lui et les gens qu’il aime seront totalement épargnés ? Dans quelle mesure des chefs d’Etat et des ministres, désolidarisés, dans les faits, de ceux qui mourront d’appliquer leurs décisions, peuvent-il les représenter officiellement ?
Quelle considération donner à des décisions prises par des hommes protégés, sacrifiant, au nom des droits de l’homme ou au nom d’autres idéaux paisibles, la vie d’autres hommes ? Y a-t-il une légitimité à voter la mort des autres, même au nom des idéaux les plus élevés, quand soi-même on ne s’engage pas dans la bataille ? La réponse à ces questions abyssales oscille entre la vie et la mort.
Edith de Cornulier-Lucinière, Paris
10:18 Publié dans Articles d'ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre, chefs, civils, armée, hypocrisie, démocratie










