17.04.2008

Etrange texte d'Esther Mar

VillaBar 6 = Hymne à Baudelaire, au Nouveau Testament et à Aragon.

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(Photo Sara) La dernière auberge raconte une histoire ouverte, onirique. Loin des scénarios aussi limpides que balisés les mots suggèrent plus qu’ils ne racontent, ils dévoilent plus qu’ils ne confessent. J’ai eu l’impression aussi que cela parlait du jour et de la nuit. Un ange se promène au Manoir de VillaBar et tente d’entraîner les fêtards du Manoir sur les routes de perdition. Il y parvient, et Dieu-Saturne n’y peut rien : il arrive trop tard pour sauver ses ouailles. La dernière auberge n’est-elle pas une variation sur le thème de Dorian Gray ? Lys de Fleur fête son anniversaire au Manoir. Au beau milieu de la soirée, alors qu’elle souffle les bougies de son gâteau, elle entrevoit une très belle femme plus âgée qu’elle : elle comprend que cette femme, c’est elle-même, ou plutôt, ce serait elle-même si elle acceptait de vieillir. Heurtée, elle se lève, tombe, et ne sortira plus de son coma. Car les fêtards de VillaBar festoient pour oublier la mort et contrer la vieillesse. Mais lorsqu’ils arrêtent de tourner, la vérité réapparaît. Or, nous devons au moralisme profondément catholique – bien que souvent peu orthodoxe – d’Esther une conclusion qui en inquiétera certains, en soulagera d’autres. Ne pas vieillir, ne pas mourir, c’est possible. Hélas, c’est justement le chemin de la damnation. Notre héroïne Lys de Fleur, entrant dans son coma puis dans la mort, est donc sauvée. Ceux qui meurent sont sauvés de l’éternité damnatoire, tandis que ceux qui suivent l’ange demeurent jeunes et beaux, certes, mais en enfer. Il ne reste plus qu’à apprécier l’enfer. Sara dit qu’après lecture de Dante, le lieu ne lui semble pas si désagréable que le paradis et le purgatoire. Peut-être. Mais l’enfer d’Esther, à peine décrit, juste ébauché, ne me donnait pas envie. Esther Mar a prit des libertés. Elle a renommé John Peshran-Boor (alias Jean-Pierre Bret) Saturne, et Venexiana Atlantica, morte, a donné son visage à l’Ange du Mal. (C’est moi qui joue Venexiana, donc l’ange du mal). Un symbolisme inquiétant entoure l’Europe, personnifiée par le personnage de Mavra (créée par Sara, reprise par Iris Ducorps, puis Antonio Zamora, puis par les auteurs du blog des personnages de VillaBar). Bref, la dernière auberge, sixième roman photo villabarien, est un monde de symboles qui tranche avec l’univers joyeux et léger d’Antonio Zamora (cinquième VillaBar, Le Chevalier de l’Amour) sans trancher avec VillaBar.

08.04.2008

Qui se cache derrière Stanislas Tichy ?

QUI se cache(nt) derrière Stanislas Tichy ?

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Plusieurs personnes. D’abord, le créateur. Mathieu Granier. Il a inventé Stanislas Tichy une nuit, en écrivant Ginna l'empoisonneuse. Il avait fait de Ginna (alias Aurélie Charbonnier) une victime-coupable et voulait lui trouver un pygmalion machiavélique. Ce fut Stanislas. Ensuite, l’acteur. Boris Bérard. Un jeune homme romantique que l’actrice Ondine Frager, alias Lilas L.S. Snuk, aurait rameuté à VillaBar un dimanche de novembre. Elève croit-on du Cours Florent, il a endossé placidement son rôle de grand truand. Depuis, il demeure égal à lui-même, imperturbable aux multiples transformations que subit son personnage, balloté des forces du Bien aux forces du Mal en passant par les illuminations mystiques. Stanislas Tichy est-il gentil ? Méchant ? ça dépend. Ce qui est certain, c’est que lorsque Stanislas devient gentil, inéluctablement son rival Andreï Tarkov (William Fontaine) devient méchant. Quand Stanislas redevient méchant, Andreï Tarkov, son ennemi, retrouve le beau rôle. Enfin, les photographes. Tous l’ont dépeint, ou plutôt shooté, un peu différemment : Isabelle Ferrier, Sara, Marie-Claire Bordaz, Olivier Estord… Ils ont mis en lumières multiples un visage auquel les auteurs font ensuite un sort toujours surprenant. Ensuite, les auteurs qui ont repris. Les écrivains qui participent au blog des personnages de VillaBar, mais aussi Sara, Iris Ducorps, Antonio Zamora, créateurs des romans photos Piège Brutal, Que la Mort nous rassemble, Le Chevalier de l’Amour. Axel Randers et Katharina ont eu parait-il une grosse dispute sur les personnages de VillaBar, et particulièrement sur Stanislas Tichy. Personnages, quand vous nous hantez !
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(photos Olivier Estord)

21.03.2008

Photographes de VillaBar

N’est-il pas grand temps de remercier les photographes de VillaBar ? Karim-Pierre Maalej, photographe officiel sur Le retour de Bob Mushran, prend des photos de VillaBar et constitue ainsi une libre anthologie visuelle de VillaBar. Il les met sur Flickr à cette adresse, et ses photos sont abondamment utilisées pour le blog des personnages de VillaBar.

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Marie-Claire Bordaz, rencontrée quand j'avais onze ans... Maman d'une excellente amie. Photographe d'architecture, Marie-Claire Bordaz avait photographié un roman photo qui était un polar architectural, Meurtre chez les modernes. Elle nous a fait l'honneur d'être des nôtres pour Piège Brutal.
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Isabelle Ferrier, toujours présente et efficace et discrète, a participé à chacun des VillaBar du Piston Pélican, et nous espérons qu’elle continuera. Je vous montre sa photo que je préfère, mais il y en a tellement d’autres très belles…
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Sara, auteur illustratrice de livres pour enfants et peintre, est là depuis VillaBar 0 (où, en plus d’être photographiée, elle joue l’une des belles prostituées). Sara photographie des images très cadrées, comme toutes ses images, qu’elles soient peintes ou de papier déchiré. Sara est aussi la principale artisane des récits photos à partir desquels les auteurs écrivent et de la mise en page des romans photos.
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Edith 2 CL, votre serviteuse, cophotographe rentable sur VillaBar 0 (John Peshran-Boor), s’est vautrée monumentalement lors de VillaBar I. Seule une photo a pu être utilisée, et encore, pour le générique. Elle s’est donc retirée dans la mise en scène et le jeu (de son personnage Venexiana Atlantica). Elle va peut-être réessayer un jour… Qui sait… Olivier Estord : on le connaissait de vue puisqu’il boit souvent des verres de Bourgogne au comptoir du Piston Pélican. Olivier Estord a beaucoup participé au squatt artistique de Goumen pendant dix ans, jusqu’à sa fermeture obligatoire… Il a shooté en argentique et en noir et blanc pour VillaBar IV, Que la mort nous rassemble. On lui doit de très belles vues dont la belle photo des jambes d’Ondine Frager surplombant le banquet des fantômes.
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Sancha (AlmaSoror a publié, de Sancha : 4 sans titre ; Paimpol ; et en collaboration avec David Nathanaël Steene, Que faire de nos forces vitales ?) Sancha n’est jamais très loin de VillaBar, puisque Sandra Alves (son autre nom) est une des patronnes du bar du Piston Pélican. Elle fut photographe sur VillaBar II, Ginna l’empoisonneuse.
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La rencontre avec Marcella Barbieri a eu lieu au salon du livre de jeunesse de Montreuil, grâce à Tieri Briet (un moment fort qu’il a relaté sur son blog, ici). Nous passions, Sara et moi, non loin de son stand, lorsque Tieri nous héla. Venez voir des photos magnifiques ! Juliette Armagnac était avec lui, penchés sur les photos de Marcella. Marcella était là et nous contemplâmes ses photos, puis échangeâmes nos cartes. Elle est passé un soir à VillaBar avec ses amis (au mois de décembre, pour Que la mort nous rassemble). Elle a ensuite accepté de particper au VillaBar de mars (thème : Vivre en 3027 sur Saturne). Tout à l’heure, je lui ai demandé de revenir, et elle a dit oui. Certaines de ses photographies sont somptueuses. Telle la tête de William Fontaine (Andreï Tarkov) noyée dans du jaune…
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13.02.2008

personnages à la croisée des chemins réels et virtuels

Un petit post pour remercier les acteurs réguliers des romanphotos de VillaBar. Ceux qui, venus une fois, reviennent assidûment camper leurs personnages. Outre Ondine Frager et Jean-Pierre Bret, qui étaient là dès le début de l’aventure… et qui campent depuis le début Lilas L.S. Snuk la mystérieuse et John Peshran-Boor le rocker déjanté.

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On a William Fontaine, élégant Andreï Tarkov, flic honnête dans Ginna l’empoisonneuse, Boxeur chevaleresque dans Piège brutal et dandy fantômatique dans Que la mort nous rassemble.
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Boris Bérard est Stanislas Tichy, truand épouvantable, mais, bien que l’on tente d’échapper à une telle attirance, très attachant. On ne peut s’empêcher de vouloir que tout se termine bien pour lui, malgré ses crapuleries. Peut-être parce qu’il est courageux. Peut-être parce qu’il fait partie de ces personnages hors la loi et hors les mœurs qu’on aurait rêvé d’être ou de croiser…
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Inès et Emaé Berlet, sœurs dans la vie et sœurs ennemies dans VillaBar. Elles ont été crées par Mathieu Granier pour le romanphoto Ginna l’empoisonneuse, bien que le visage d’Emaé Berlet apparaît furtivement dans le Retour de Bob Mushran. Elles reviennent en force pour jouer les gouvernantes de la villa de Lilas L.S. Snuk dans Que la mort nous rassemble.
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Nicolas campe un William Spade fort sympathique malgré ses lâchetés (il laisse tomber Lilas à la fin de Ginna l’empoisonneuse).
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Wieslawa Tolko est Yeux Noirs. Son rôle lui va si bien qu’on ne l’appelle plus que Yeux Noirs, et beaucoup de gens ignorent son vrai prénom. Le même regard traverse tous les romanphotos, quel que soit le déguisement (minette sans foi ni loi dans le Retour de Bob Mushran, Russe blanche dans Piège brutal, fantômatique vamp dans Que la mort nous rassemble…)
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Et tous les autres… Car en dehors des romanphotos, ces personnages et d’autres continuent leur vie sur le blog des personnages de VillaBar. Les auteurs des romanphotos puisent au blog comme le blog puise aux romanphotographiques. Certains personnages, nés sur le blog, ont été récupérés pour les romanphotos. D’autres, nés dans un romanphoto, ont glissé vers le blog. Les personnages de VillaBar sont tributaires de leurs acteurs, c'est-à-dire des gens qui viennent à VillaBar le troisième dimanche du mois, entre 19h et 22h. Certains ne sont venus qu’une fois. On aimerait bien les faire vivre encore, on les attend, on les espère. Telle Joan Yufitran, que personne n’a reconnue sur les photos : qui se cache derrière la belle Joan ?
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Le saura-t-on un jour ? Elle est venue à VillaBar en décembre, a été photographiée, est née comme Joan Yufitran sur le blog et on n’a plus jamais entendu parler d’elle. Si vous la connaissez, dites-le ! Dites-lui qu’elle est la belle Joan Yufitran et qu’on a besoin d’elle pour rehausser le bonheur de son frère Miles (joué par le scénariste Mathieu Granier). Je cite Joan mais d’autres inconnus ont prêté leur visage une fois… et nous guettons leur éventuel retour. Le romanphoto écrit par Iris Ducorps a été mis en ligne ce matin sur le site de VillaBar. C’est le premier romanphoto entièrement noir et blanc de VillaBar. Une histoire de cauchemar fantomatique, ou de fantômes cauchemardesques. Heureusement, l’enfer n’est jamais très loin du paradis. C’est ce que comprend le héros Stanislas Tichy, ou du moins, c’est ce que j’ai compris en lisant l’histoire.

11.02.2008

Qui est John Peshran-Boor ?

ab5c031d7176e7d2a50e6be10e6afaf3.jpg John Peshran-Boor alias Jean-Pierre Bret et Venexiana Atlantica par Olivier Estord John Peshran-Boor est né au début des années 2000 sur un document d’ordinateur. C’était une nouvelle écrite en vrac. Puis John Peshran-Boor est sorti de l’ordinateur après un long temps de silence. Il en est sorti pour se faire prendre en photos. Pendant deux soirs, nous avons réalisé des photos dans la chambre de Sam, transformée pour l’occasion en antre mal famée. Les héros enfumés de ce romanphoto John Peshran-Boor sont interprétés par Jean-Pierre Bret (John Peshran-Boor), Ondine Frager (la narratrice, qui n’avait pas encore de nom), Florence de Courtenay, Sara et Susanne Nies (les prostituées), Xavier Guillois, Nathan Bellaïche, Samuel de Cornulier, les malfrats du bar. Les photographes étaient Sara et moi. Pour trouver le grand John, j’avais pris mon courage à deux mains, et, au milieu du cours de piano que je prenais au centre Saint-Michel, j’ai interrompu mon prof pour lui demander si cela l’intéressait de participer à une œuvre (informelle) commune… Il a dit oui. Nous nous sommes rendus compte ensuite que les initiales de Jean-Pierre Bret et de John Peshran-Boor sont les mêmes… Doit-on dire John Peshran-Boor alias Jean-Pierre Bret ou Jean-Pierre Bret alias John Peshran-Boor ? Grand silence à nouveau. John Peshran-Boor est sorti un an plus tard dans le journal d’AlmaSoror. Grand silence à nouveau, sauf que John Peshran-Boor était lisible, et lu, en ligne. Puis nous lançâmes en octobre 2007, VillaBar, l’art de bar libre et gratuit, au Piston Pélican. Chaque troisième dimanche du mois, chacun est invité à venir boire un verre ou manger une tarte au Piston Pélican entre 19 heures et 22 heures. Des photographes prennent des photos de la soirée, qui se déroule selon un thème. Ensuite, une sélection de photos est donnée à un auteur, qui pond un texte. Le résultat, un romanphoto, sort sur le site de VillaBar et dans le journal d’AlmaSoror du mois suivant, puis est exposé à la lecture au Piston Pélican. Comme j’étais la première auteur de VillaBar, et que les deux acteurs principaux de John Peshran-Boor étaient présents, j’ai décidé d’écrire la suite de John. Le personnage d’Ondine Frager a reçu un nom, Lilas L.S. Snuk. L’auteur du VillaBar suivant, Mathieu Granier, a repris la suite. L’auteur du VillaBar suivant, Sara,a repris la suite. Il était devenu évident que VillaBar et la série John Peshran-Boor s’étaient mariés. L’auteur suivant, Iris Ducorps, a repris la suite. Antonio Zamrora, qui va écrire le prochain, reprendra le flambeau. Depuis le début de VillaBar, voici les thèmes des soirées et les titres des romanphotos écrits : Octobre. Thème : mariage décadent. Romanphoto : Le retour de Bob Mushran. Novembre. Thème : POLAR : Espionnage durant la guerre froide. Romanphoto : Ginna l’empoisonneuse. Décembre. Thème : Ring : boxeurs, parieurs et groupies. Romanphoto : Piège brutal. Janvier. Thème : Le banquet annuel des fantômes. Romanphoto : Que la mort nous rassemble. Le thème du VillaBar de février est Conte pour enfants. Venez partager cette expérience le dimanche 17 février 2008 au bar du Piston Pélican, 15, rue de Bagnolet, Paris, Métro Alex Dumas. Entre 19h et 22h.

02.02.2008

Un roman autobiographique de Vénéxiana Atlantica

Je publie désormais des chroniques fictives sur le site Univers de Sara. Je commente ainsi des films et des livres qui n'ont pas encore été tournés et écrits mais le seront peut-être un jour. J’entendais ta guitare pleurer Oisive jeunesse A tout asservie, Par délicatesse J'ai perdu ma vie. Ah ! Que le temps vienne Où les coeurs s'éprennent. Tout au long du livre un poème revient. Ce poème, c’est la Chanson de la plus haute tour, d’Arthur Rimbaud. Vénéxiana Atlantica a vécu bercée, baignée par ce poème et elle écrit encore cette autobiographie –ce roman inspiré du réel, ou peut-être cette réalité romancée – sous l’inspiration de cette courte et majeure pièce du poète rebelle français. Il semble que le livre entier est une suite de variations sur la chanson de la plus haute tour. Je me suis dit : laisse, Et qu'on ne te voie : Et sans la promesse De plus hautes joies. Que rien ne t'arrête, Auguste retraite. En dépit de son titre mièvre, J’entendais ta guitare pleurer est un grand livre. Un livre qui restera sur les étals des libraires longtemps après que la diva Vénéxiana Atlantica, qui nous livre ici son autobiographie romancée, aura quitté ce monde. Un livre qui continuera à passionner tant que la musique beith, ce magnifique art populaire du XXIème siècle, résonnera dans les oreilles des mélomanes et des poètes en herbes, ainsi que de tous les fils et les filles de la révolte et de la liberté. J'ai tant fait patience Qu'à jamais j'oublie ; Craintes et souffrances Aux cieux sont parties. Et la soif malsaine Obscurcit mes veines. Ce qu’Atlantica raconte, ce n’est pas seulement sa vie, mais les rêves et les combats de millions d’être humains de sa génération. « Nous rêvions de demain, qui serait mieux, mieux que le lycée, mieux que le gris des jours et le marron de la nuit, mieux que les têtes des professeurs et les têtes de nos camarades. Mais c’était illusion : nous étions libres, bien qu’esclaves, puisque ce n’étaient pas nous qui tenions les chênes. Nous étions libres au fond de nous, et nous savions rêver ». Brûlés par les désastres écologiques des années grises, ceux qui se sont levés pour inventer la musique beth et crier leur amour du monde animal et du catholicisme antispéciste sont décrits avec cœur par une femme qui les connut de l’intérieur, puisque elle fut un de leurs guides. Ainsi la prairie A l'oubli livrée, Grandie, et fleurie D'encens et d'ivraies Au bourdon farouche De cent sales mouches. Quelques passages édifiants valent d’être reproduits ici : « A l’époque Bob n’était pas encore ivre tous les soirs et nous ne buvions que dix canettes de daleth lors des répétitions. Je me souviens de Lilas dansant en hauts talons, divine, sous nos regards délictueux, à lui et à moi. Je me souviens que les journaux déclaraient que la guerre allait commencer et nous crachions sur les nouvelles pour mieux laisser l’imaginaire coloniser, lentement, puissamment, notre vie. Nous lisions Edith Morning : « Si j’avais su que les rêves sont réels et le monde illusion, j’aurais inversé ma vision de la liberté et celle de la prison. Mais les menteurs amers disent décriant les images qu’elles sont illusoires, et nous entraînent dans leur « réel » qui n’existe que dans leurs sombres couloirs ». Ce style direct, vivant, enlevé, maintient tout le roman dans cette course à perdre haleine contre la vieillesse qui se fraye un chemin dans la vie de Vénéxiana et qui l’emmènera un jour de l’autre côté de la mort. Car c’est un livre qui n’oublie jamais que la mort est dans la vie, que la mort, c’est la vie, que la vie EST la mort. Vivre, c’est mourir. Refuser de mourir revient à refuser de vivre. « La vie nous a menti. Elle s’était voilée pour nous paraître facile ; nous avions cru à des avenirs beaux comme des soleils chargés d’une pluie tiède. Il n’en fut rien. Chaque pas vers le rêve est un pas vers la désillusion. Si nous bougeons, nous sombrons tous ensemble dans le noir abîme du désespoir immense». J’entendais ta guitare pleurer est un livre qui tranche, qui blesse, qui cogne à chaque page. Vous sortez de sa lecture groggy, comme on sort d’un combat de boxe. Ce livre est un ring, où la vie danse, dense, de façon étonnamment intense. Chaque page vous balance sa dose de coups de poings qui vous renversent les idées et vous décrochent le cœur. Chaque phrase est une vague qui peut vous engloutir définitivement. Le témoignage de cette femme, qu’on a tant décriée, qui s’est battue pour sa liberté d’être elle-même et qui n’a jamais tombé les armes est un grand moment de crépuscule psychologique. Ah ! Mille veuvages De la si pauvre âme Qui n'a que l'image De la Notre-Dame ! Est-ce que l'on prie La Vierge Marie ? Nous l’avons dit dès le début de cet article, malgré son titre presque mièvre, J’entendais ta guitare pleurer est un roman d’une puissance subjugante. Il faut dire aussi que la guitare que l’auteur aimait à écouter pleurer, c’était celle d’un ami intime qui fut aussi un grand homme, un homme qui traversa le siècle sans se passer des sommets de la misère et des bassesses de la gloire. La guitare de John Peshran-Boor. Il ne reste plus qu’à espérer que Vénéxiana Atlantica trouvera le repos, dans une retraite bien méritée, maintenant qu’elle a fini son œuvre dernière. Son oisive jeunesse a passé. Elle aura été créative, fulgurante. Elle nous aura fait flamboyer. Il en reste quelques disques et un livre, ultime message d’une âme qui se crut vendue au diable quand elle n’était que trop angélique. Adieu Vénéxiana, puisque vous nous dîtes adieu. Nous entendrons encore longtemps votre guitare pleurer. E CL 2054

22.01.2008

Ever Lost

Je publie désormais des chroniques fictives sur le site Univers de Sara. Je commente ainsi des films et des livres qui n'ont pas encore été tournés et écrits mais le seront peut-être un jour. Je reproduis la chronique du film d'Amos Mariecque Ever Lost Un film d’Amos Mariecque, Avec William Fontaine Avec la voix de Vénéxiana Atlantica, Produit par GUSH Productions, NYC, 2037.

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Ever lost est un film résolument réussi. Mariecque y raconte une histoire universelle. Il y affine sa technique des flash to. Il nous emmène dans un univers qui marquera la civilisation artistique mondiale. L’histoire ? Au cœur de la ville de New York, dans les années 2000, un militant antispéciste sauve des enfants et des animaux. Le jour, il travaille dans une pizzeria. Le soir, il zone en quête d’un sourire féminin. La nuit, il hante les orphelinats et les zoos, les instituts sociaux et les laboratoires scientifique : il délivre enfants et animaux du joug adulte. New York : c’est la première fois que le cinéaste filme la Fille des villes. Car si Moscou, si Prague se disputent le titre de Mère des villes, New York est la fille insoumise et rebelle des villes vieilles d’Europe. New York : le vieux New York des années 2000 est ressuscité ici dans les images fabuleuses d’un cinéaste à son apogée. New York : rues longilignes traversées d’humains élancés qui marchent dégingandés tandis que le flot des voitures jaunes file entre les rangées d’immeubles hauts. Le générique de début défile sur une image noire et bleue : New York la nuit. Le noir de la nuit, le bleu des phrases des voitures. Elles défilent tandis qu’un homme debout, immobile, attend. Une dédicace apparaît : "à Hélène Lammermoor, pour son hospitalité précieuse, pour quelques moments trop vite partagés". C’est la première fois qu’une dédicace apparaît au générique d’un film de Mariecque. On sait que la journaliste Hélène Lammermoor et la créatrice de Salons Littéraires Elise Revon-Rivière avaient réalisé un documentaire sur Mariecque alors que celui-ci soignait sa septième dépression nerveuse dans un sanatorium mental de Saint-Jean en Ville. Inachevé, le documentaire n’en avait pas moins été primé au Festival des films ratés de Panamaribo - festival, on le sait, infiniment plus luxueux et laminant que les festivals dits de cinébouffons, où bourgeois en goguette s’amusent à jouer aux artistes (Cannes, Sundance, Deauville, et même Sarajevo). L’homme que l’on voit attendre est notre héros, l’unique personnage du film. Il s’appelle Andreï Tarkov. Le film n’est pas découpé en trois actes ; il ne comporte pas d’événement déclencheur, ni de climax. Il suit les déambulations antispécistes d’Andreï Tarkov, admirablement campé par un William Fontaine romantique à souhait. Amos Mariecque reprend ainsi un personnage qu’il avait suivi tout jeune, lorsqu’il écrivait pour la série VillaBar, à Paris. "Quitte à retourner dans ces années 2000 où j’appris à vivre, autant que ce soit accompagné d’un personnage qui m’importait alors". L’acteur a accepté le défi de replonger, lui aussi, dans son rôle de jeunesse. Au milieu du film, un long silence : Tarkov fume une longue cigarette. Sa fumée bleue monte en volutes. Il ferme les yeux. La lourdeur des souffrances animales et enfantines l’a vidé. Il nous semble qu’il va craquer, se prendre la tête entre les mains, s’effondrer au bord du trottoir. La voix de Vénéxiana récite Charles Baudelaire et une larme coule sur la joue d’Andreï. L’on devine alors que dans les yeux de ses protégés c’est sa propre enfance, sa propre animalité dévastée que cet homme au regard métallique tente de conjurer. Un instant, il flanche. Mais il se reprend. L’homme tiendra jusqu’au bout. Le reste du film est allumé par la musique de Gontran Gogue (opuscule du Crépuscule). Les paroles de l’opéra électrosymphonique s’élèvent tandis que les images se bousculent, flous après flous, mouvements lents noyés de travellings russes. Au commencement, il y eut ton souffle et puis le mien/ suivit le silence des bouches et la parole des mains/la ville immobile frissonne par la fenêtre/ses toits inertes n’ont plus la foi/quelques éphémérides au loin/l’hiver est une saison qui ne finit jamais, malgré les rires de l’été/ Je m’incline devant ton désir/au fond de tes yeux embrumés, je t’ai aimé. Les chiens, les pigeons, les rats, les humains ont la même valeur pour Amos Mariecque. La même valeur scénaristique ; la même valeur spirituelle. Le Maître du temps cinématographique ne donne pas dans la hiérarchie des espèces. Il ne donne pas plus dans la hiérarchie des sexes. Hommes, femmes, hermaphrodites se côtoient sans se faire mal. Leurs individualités ne sont pas affectées par leur genre ; les relations qui les unissent non plus. Ce qui les définit, et souvent les sépare, ce sont leurs choix. Le tournant du film : un travelling russe qui parait éternel et qui fond sur une image du futur (encore un flash to !) L’homme hésite. On croit que tel l’âne de Buridan il n’arrivera pas à choisir, se condamnant à demeurer dans la ville parmi les fous. Puis brusquement, il tourne à droite et part d’une allure vive. Il est sauvé. Au loin, les véhicules de police arrivent. Mais Andreï Tarkov ne sera jamais retrouvé. Il aura sauvé ce qu’il a pu de bêtes et de gosses avant de s’en aller finir sa vie de l’autre côté de la frontière, quelque part où personne n’ira l’embêter. Un légionnaire solitaire, sans armée, sans frères d’armes, seul avec sa cause, ses cigarettes et la voix de Vénéxiana Atlantica qui récite : "Sois sage, Ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille". Il est difficile de résumer ce film. Deux heures de promenade à travers les images de la ville, qui sont les images des âmes des êtres dont le Maître nous parle. Amos Mariecque dit qu’il vieillit. Son œuvre, elle, reste semblable à ce qu’elle a toujours été : ni jeune, ni vieille - intemporelle. 2037

VillaBar ou comment trouver la voie

Avant-hier eut lieu la Banquet annuel des fantômes, au bar du Piston Pélican, à quelques dizaines de mètres du métro Alexandre Dumas à Paris.

Plus d’une centaine de personnes sont venues, un temps ou longtemps, déguisés ou comme à l’accoutumée, pour créer avec nous ce banquet.

(Car chaque troisième dimanche du mois, tu es invité(e) à venir créer avec VillaBar un romanphoto. Il te suffit d’entrer dans le bar et ça y est, tu participes. Des photographes volent ton visage, on t’installe, on te fait poser ou alors on te prend sans que tu t’en rendes compte, alors que tu bois ta bière sur le zinc.

Les photographes qui sont là nous donnent ensuite leurs photos et un auteur écrit un texte. Il en découle un romanphoto. Par ailleurs ou parallèlement, les photos sont utilisées pour alimenter le blog des personnages de VillaBar.

Ainsi donc, si tu entres dans ce bar au bon moment du mois, tu risques d’être transformé en personnage virtuel insaisissable).

Avant-hier donc, c’était la quatrième édition de VillaBar.

Des questions surgissent.

D’abord, sur la façon de créer les romanphotos. Nous avons affaire à deux types d’auteurs.

Les scénaristes, grands chevaliers de la narratologie, commencent par baliser l’histoire. Mathieu Granier et Iris Ducorps, qui savaient qu’ils seraient tributaires des photos prises le soir même, avaient quand même prévu un scénario qu’ils pourraient modifier à leur guise. Cette technique de la pré-histoire a un avantage : elle nous aide à animer la soirée.

Les poètes, frères des sourds et des autistes, préfèrent inventer à partir des images. Je serais plus de cette sorte : laisser les clients du bar et les photographes inventer leur monde au fil des événements « naturels » de la soirée et ensuite, rêver sur la photos pour entendre enfin une mélodie et l’écrire…

Les deux prochains auteurs, Antonio Zamora et Esther Mar, ne sont pas scénaristes. Ils ne donneront pas d’indications à l’équipe villabarienne. Nous, avec les clients du bar, nous inventeront une belle atmosphère et eux, ils s’inspireront des photos pour écrire, sans souci de grammaire scénaristique. Ils n’essaieront pas forcément de reprendre les personnages présents dans les VillaBar passés et pourront inventer.

Bien sûr, autour de VillaBar, les remarques, critiques, réflexions, idées, fusent. Mais quand on a une organisation comme VillaBar, c’est difficile de naviguer entre toutes ces possibilités.

Elise Revon-Rivière voudrait que tout soit libre quitte à ce que ce soit déstructuré. Or, je pense que nous avons besoin d’un fil qui nous aide à porter VillaBar jusqu’au bout. Mais elle a quand même raison. Ce fil, certes, ne doit pas être une chaîne.

AC Legendre pense que le surdéveloppement, sur le blog, des personnages de VillaBar, enlève de la liberté aux auteurs des futurs romanphotos. Si elle suit exactement la série VillaBar, certes. Mais les auteurs sont libres de tout inventer. On peut exploser les barrières de la série sans briser la cohérence. Ne serait-ce qu’en se concentrant sur de nouveaux personnages, jamais mentionnés encore. Ou en écrivant un soliloque intérieur d’un personnage qui imagine quelque chose ou raconte une expérience…

Certains voudraient au contraire beaucoup plus de structure, de cohérence, d’organisation. Mais le jeu de VillaBar n’est-il pas d’inventer à chaque fois ? La différence entre nous et une série télévisée par exemple, c’est que les formats, les modes narratologiques et les thèmes sont entièrement libres et que chacun y participe. Si un inconnu entre à la fin de la soirée dans le bar et qu’il amène une lueur spéciale qu’un photographe aggripe, la série VillaBar peut en être bouleversée pour toujours. Même si le gars entrait pour la première fois au Piston Pélican et qu’il voulait juste boire un coup pour se donner du courage et finir de noyer son RMI.

Nous avons une petite équipe fidèle d’acteurs qui se constitue. C’est une grande joie de savoir qu’ils seront toujours là pour donner le ton, mettre l’ambiance, pallier au manque de clients un soir ou se fondre parmi eux un autre soir. Il faut que tout reste fluide et libre. Qu’il y ait toujours de la place pour accueillir l’imprévu, l’étincelle qui a lieu alors qu’on ne l’attendait pas.

Que chacun soit libre. Libre d’écrire des textes loufoques, libre de se transformer en personnage nouveau, libre de m’envoyer un texte villabarien pour le blog des personnages de VillaBar. C'est ça : c'est de l'art de bar libre et gratuit. La paralittérature, c'est tout ce qui n'est pas littéradure.

Ainsi soit VillaBar…